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l’État coupe le robinet, zéro euro en 2027 – CPFORMATION

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Budget 2027 · Formation professionnelle

C’est écrit noir sur blanc dans le Jaune budgétaire publié le 13 octobre 2026. En 2022, l’État donnait 4 milliards d’euros à France compétences. En 2027, il ne donnera rien. Pour comprendre ce que ça change, il faut d’abord comprendre à quoi sert France compétences et d’où vient son argent.

0 €

versé par l’État en 2027 (4 Md€ en 2022)

10,9 Md€

payés par les entreprises en 2025

68 €

sur 100 € dépensés vont à l’alternance

-1,6 Md€

de trésorerie attendus fin 2026

À retenir

  • Depuis 2026, les contributions des entreprises couvrent 100 % des dépenses de France compétences.
  • L’équilibre a été obtenu par des économies, pas par de nouvelles recettes : -22 % de dépenses entre 2022 et 2026.
  • Sans filet de l’État, le CPF et l’alternance deviennent les variables d’ajustement.

96 salariés pour piloter 12 milliards : qui est vraiment France compétences ?

France compétences est née de la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». C’est un établissement public placé sous la tutelle du ministère du Travail.

Sa gouvernance est à quatre voix. L’État, les syndicats de salariés, les organisations patronales et les Régions siègent au conseil d’administration, avec des personnalités qualifiées.

Elle a trois métiers :

  1. Répartir l’argent. Elle reçoit les contributions formation des entreprises et les redistribue aux OPCO, à la Caisse des dépôts (pour le CPF), aux Transitions Pro, aux fonds des indépendants et aux opérateurs du conseil en évolution professionnelle.
  2. Réguler l’apprentissage. Elle calcule les coûts de référence qui servent à fixer combien est payé chaque contrat d’apprentissage.
  3. Tenir les répertoires. Le RNCP et le Répertoire spécifique, qui déterminent quelles certifications sont finançables.

Pour gérer plus de 12 milliards d’euros, elle compte 96 salariés et 25,3 M€ de budget de fonctionnement en 2026.

10,9 milliards par an : la facture formation que paient toutes les entreprises

La source principale, c’est la CUFPA, la contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance. Toutes les entreprises la paient avec leurs cotisations sociales. L’Urssaf ou la MSA la collecte chaque mois, puis la reverse à France compétences.

Contribution Taux Montant 2025
Contribution à la formation professionnelle (CFP) 0,55 % de la masse salariale sous 11 salariés, 1 % au-delà 6,9 Md€
Taxe d’apprentissage, part principale 0,59 % 3,9 Md€
Contribution CPF des CDD 1 % de la masse salariale des CDD 308 M€
Contribution supplémentaire à l’apprentissage Entreprises de 250 salariés et plus sous le seuil de 5 % d’alternants 151 M€

Source : Jaune budgétaire 2027 « Formation professionnelle ».

Au total, la CUFPA a rapporté 10,9 milliards d’euros en 2025, en hausse de 1,9 %. Qui paie ? Toutes les tailles d’entreprise, de façon assez équilibrée.

Taille de l’entreprise CUFPA 2025 Part
Moins de 11 salariés 1 390 M€ 13 %
11 à 49 salariés 1 923 M€ 18 %
50 à 249 salariés 2 280 M€ 21 %
250 à 1 999 salariés 2 726 M€ 25 %
2 000 salariés et plus 2 427 M€ 22 %

Source : Jaune budgétaire 2027 « Formation professionnelle ». Hors montants non répartis (117 M€).

💡 Exemple : une PME de 30 salariés

Masse salariale annuelle : 1,2 M€. Elle verse 1 % de CFP, soit 12 000 €, et 0,59 % de taxe d’apprentissage, soit 7 080 €. Au total : un peu plus de 19 000 € par an, prélevés avec ses cotisations. Elle ne choisit pas où va cet argent. C’est France compétences qui le répartit.

Sur 100 € dépensés, 68 € partent dans l’alternance

Voici le circuit, simplifié.

En 2026, France compétences prévoit 12,2 milliards d’euros de dépenses. Sur 100 € dépensés :

Destination Montant 2026 Sur 100 €
Alternance (OPCO : dotation et péréquation) 8 248 M€ 68 €
CPF (Caisse des dépôts) 1 359 M€ 11 €
Formation des demandeurs d’emploi (État) 527 M€ 4 €
Formation dans les entreprises de moins de 50 salariés (OPCO) 521 M€ 4 €
Projets de transition professionnelle 435 M€ 4 €
Autres (indépendants, CEP, Régions, fonctionnement…) 1 115 M€ 9 €

Source : Jaune budgétaire 2027 « Formation professionnelle », budget rectificatif d’avril 2026. Arrondis.

Retenez ce chiffre : l’apprentissage absorbe plus des deux tiers des dépenses. C’est lui qui a fait exploser les comptes.

Le boom de l’apprentissage, ou comment l’État a dû remettre au pot

Après la réforme de 2018, l’apprentissage a décollé. On est passé de 437 000 apprentis en 2018 à un pic de 1 049 000 en 2024. Chaque contrat est financé par France compétences, via les OPCO.

Les recettes, elles, suivent la masse salariale. Elles progressent de 2 à 4 % par an. Les dépenses ont augmenté beaucoup plus vite. France compétences a donc enchaîné les déficits, et l’État a bouché les trous.

De 4 milliards à zéro en cinq ans Dotation de l’État à France compétences, en millions d’euros 4 0002022 1 5962023 1 3502024 8502025 4722026 0 €2027 2026 : budget rectificatif. 2027 : projet de loi de finances.

Source : Jaune budgétaire 2027 « Formation professionnelle ».

Année Dotation de l’État Résultat de France compétences Part des dépenses couverte par les entreprises
2022 4 000 M€ -546 M€ 67 %
2023 1 596 M€ -1 745 M€ 75 %
2024 1 350 M€ -622 M€ 83 %
2025 850 M€ -351 M€ 89 %
2026 (prévision) 472 M€ +518 M€ 100 %
2027 (PLF) 0 € non publié 100 %

Source : Jaune budgétaire 2027 « Formation professionnelle ».

Pas de nouvelles recettes, mais cinq coups de rabot

France compétences n’a pas trouvé de nouvelles recettes. Elle a coupé dans les dépenses : de 15,6 Md€ en 2022 à 12,2 Md€ en 2026, soit -22 %. Les principaux coups de rabot :

  • Le CPF. Reste à charge de 100 € en 2024, puis 150 € en 2026. Plafonds en 2026 : 1 500 € pour le Répertoire spécifique, 900 € pour le permis, 1 600 € pour le bilan de compétences. Près de 900 M€ d’économies attendues en 2026.
  • L’apprentissage. Paiement au prorata des jours de contrat, 750 € à la charge de l’employeur pour les niveaux bac+3 et plus, 20 % de moins pour les formations à distance, plafond de 11 000 € pour les niveaux 5 à 7.
  • Les Régions. L’aide aux CFA passe de 318 M€ à 33 M€.
  • Les demandeurs d’emploi. L’enveloppe versée à l’État pour leur formation passe de 800 M€ à 527 M€.
  • Les OPCO. 80 M€ de frais de gestion en moins en 2026, puis 20 M€ en 2027.

🔁 Le détail qui change tout : l’argent circulait dans les deux sens

En 2026, l’État verse 472 M€ à France compétences. Mais France compétences reverse 527 M€ à l’État pour former les demandeurs d’emploi. Sur ces deux lignes, le solde se fait en faveur de l’État. Le Jaune précise que ce versement à l’État pour les demandeurs d’emploi, comme celui aux Régions pour les CFA, est prévu « jusqu’en 2026 ». En 2027, les deux robinets se ferment.

Excédentaire sur le papier, dans le rouge à la banque

En 2026, France compétences devrait afficher un excédent de 518 M€. Une première depuis 2019, sa première année d’existence (+240 M€). Mais ses comptes sont tenus en engagements : on compte une dépense quand elle est décidée, pas quand elle est payée.

Or les factures des années précédentes arrivent toujours. Résultat : la trésorerie est négative depuis août 2025. Elle devrait atteindre -1,6 Md€ fin 2026. Pour payer, France compétences doit emprunter auprès des banques. Et la dette accumulée depuis 2020 avoisine 10 Md€.

2027 : quatre conséquences très concrètes

Conséquence 1

Plus de filet de sécurité

Si l’apprentissage ou le CPF repartent à la hausse, plus personne ne comble l’écart. Chaque euro de dépense nouvelle devra être compensé par une économie ailleurs.

Conséquence 2

Les entreprises financent seules

Depuis 2026, leurs contributions couvrent 100 % des dépenses. La CUFPA est juridiquement un impôt, voté en loi de finances. L’État garde la main sur les taux et les règles, sans plus rien verser.

Conséquence 3

CPF et alternance en première ligne

Ce sont les deux plus gros postes. Toute nouvelle tension budgétaire passera par eux.

Conséquence 4

La trésorerie reste le point faible

Un excédent comptable ne suffit pas à rembourser une dette de trésorerie de 1,6 Md€. Il faudra plusieurs années d’excédents.

Qui paie décide ? Le débat est ouvert

Les entreprises financent désormais seules le système. Est-ce qu’elles doivent avoir davantage leur mot à dire sur l’usage de leur argent ? Ou est-ce le prix d’un système mutualisé qui profite d’abord aux TPE, aux apprentis et aux demandeurs d’emploi ?

Deux lectures possibles

Qui paie, décideLes entreprises couvrent 100 % des dépenses. Elles devraient peser davantage sur l’usage de leur argent.

Le prix de la mutualisationLe système redistribue d’abord vers les TPE, les apprentis et les demandeurs d’emploi. C’est sa raison d’être.

Dites-nous ce que vous en pensez.

En résumé

En cinq ans, l’État est passé de 4 milliards d’euros à zéro. France compétences tient désormais grâce aux seules contributions des entreprises et à 22 % de dépenses en moins. L’équilibre comptable est là. La trésorerie, elle, reste dans le rouge.

Cet article ouvre notre série consacrée au Jaune budgétaire 2027. CPFormation, média édité par Lingueo, décrypte chaque étape du financement de la formation pour les DRH, les responsables formation et les actifs.

Questions fréquentes

Combien l’État verse-t-il à France compétences en 2027 ?

Rien. Le projet de loi de finances pour 2027 ne prévoit aucune dotation. Elle était de 4 milliards d’euros en 2022 et de 472 M€ en 2026.

Qui finance la formation professionnelle aujourd’hui ?

Les entreprises, via la CUFPA collectée par l’Urssaf et la MSA. Elle a rapporté 10,9 milliards d’euros en 2025. Depuis 2026, ces contributions couvrent 100 % des dépenses de France compétences.

Pourquoi France compétences était-elle en déficit ?

À cause de l’essor de l’apprentissage : de 437 000 apprentis en 2018 à 1 049 000 en 2024. Les recettes progressent de 2 à 4 % par an, les dépenses ont augmenté beaucoup plus vite.

Source : annexe au projet de loi de finances pour 2027, « Formation professionnelle » (Jaune budgétaire), publiée le 13 octobre 2026.

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