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Bonne nouvelle d’abord, et elle mérite d’être soulignée après deux années de changements
incessants : en 2027, l’aide à l’embauche d’un apprenti ne devrait pas bouger.
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, déposé à l’Assemblée nationale, prévoit de reconduire
exactement le barème en vigueur depuis le 8 mars 2026. Une PME qui recrute un apprenti en bac pro
touchera toujours 5 000 € pour la première année du contrat.
Mais le même document budgétaire contient un autre chiffre, moins visible : les crédits prévus
pour payer ces aides passent de 2 464 M€ à 2 003 M€. Comment l’État peut-il garder la même aide
avec moins d’argent ? Et que faut-il en retenir quand on dirige un CFA, ou quand on hésite à
signer un contrat d’apprentissage pour la rentrée de janvier ? Nous avons lu le « bleu
budgétaire » de la mission Travail, emploi (le projet annuel de performances, ou PAP, qui détaille
chaque ligne de dépense) pour répondre en cinq questions.
1. Les aides à l’embauche changent-elles en 2027 ?
Non, et c’est écrit noir sur blanc : le PAP indique que l’aide exceptionnelle aux employeurs
d’apprentis sera reconduite en 2027 et que ses modalités actuelles resteront en vigueur. Ce barème,
fixé par le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026, dépend de deux critères : la taille de l’entreprise
et le niveau du diplôme préparé.
Concrètement, une boulangerie de 8 salariés qui embauche un apprenti en CAP reçoit 5 000 €. Un
cabinet comptable de 40 salariés qui prend un alternant en master en reçoit 2 000 €. Un groupe de
300 salariés qui recrute ce même étudiant de master ne touche plus que 750 €. Seule exception à la
règle de la taille : 6 000 € pour tout apprenti en situation de handicap. L’écart est voulu : l’État
réserve désormais l’essentiel de son effort aux premiers niveaux de qualification et aux petites
entreprises, là où, selon le PAP, l’apprentissage améliore le plus l’insertion par rapport à la
voie scolaire.
2. Alors pourquoi le budget baisse-t-il de 18,7 % ?
Parce que l’État prévoit de payer moins d’aides, pas des aides plus petites. Les crédits de
paiement de la ligne « aides aux employeurs d’apprentis » passent de 2 463,8 M€ en 2026 à
2 003,2 M€ en 2027, soit 460 M€ de moins. Deux mécanismes l’expliquent. D’une part, l’aide versée
pour chaque contrat a déjà baissé depuis 2025 (elle atteignait 6 000 € pour tous les niveaux en
2023 et 2024), et ces contrats moins aidés pèsent progressivement plus dans les paiements.
D’autre part, l’État anticipe tout simplement moins de nouveaux contrats (question 3). Le PAP ne
détaille pas la part de chacun des deux effets.
La même tendance touche une seconde ligne, moins connue : la compensation des exonérations de
cotisations liées à l’apprentissage (cotisations salariales des apprentis, cotisations patronales
des employeurs publics). Elle passe de 1 359,9 M€ à 1 228,7 M€, soit 9,7 % de moins. C’est le
prolongement de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, qui a abaissé le plafond
de l’exonération salariale de 79 % à 50 % du Smic pour les contrats signés depuis le 1er mars 2025.
3. Combien d’apprentis l’État attend-il en 2027 ?
788 012 nouveaux contrats, d’après l’indicateur de performance n° 3.1 du PAP. C’est 7,2 % de moins
que l’objectif fixé pour 2026 (849 281) et 7 % de moins que les 847 161 contrats effectivement
signés en 2025. Pour mesurer le chemin parcouru, il faut regarder plus loin : en 2019, avant la
réforme de 2018 et le plan « 1 jeune, 1 solution », on comptait 367 000 entrées en apprentissage.
Autrement dit, le « recul » annoncé ramènerait l’apprentissage à peu près au niveau de 2022 ou
2023, pas à celui d’avant la réforme. Le gouvernement parle d’une « normalisation » après des
années de forte montée en charge. Le PAP fixe aussi une cible qualitative : 42 % de contrats
préparant un diplôme de niveau 3 ou 4 (CAP, bac pro, BP), contre 40,9 % en 2025. Moins de
contrats, mais davantage tournés vers les jeunes peu qualifiés.
4. Qu’y a-t-il de nouveau pour les CFA ?
Deux outils, présentés comme des « financements complémentaires ». Le premier est un
fonds national de soutien aux CFA, doté de 45 M€ d’autorisations d’engagement en
2027. Il pourra aider deux types de centres : ceux qui offrent des formations utiles à l’économie
mais traversent des difficultés économiques durables menaçant leur activité, et ceux qui préparent
à des métiers en tension dans des secteurs jugés stratégiques. Le second est une enveloppe gérée par
l’État pour majorer le niveau de prise en charge (le « coût contrat » versé par
l’opérateur de compétences) dans des formations jugées prioritaires. Le PAP cite notamment l’IA
et les métiers en tension.
Pour un directeur de CFA, la lecture est double. Côté positif, c’est la première fois depuis
longtemps qu’un budget prévoit une aide ciblée sur la survie des centres, alors que beaucoup ont
souffert des baisses successives des niveaux de prise en charge (nous l’avions raconté dans
notre enquête sur la trésorerie des CFA).
Côté prudence, ce fonds national arrive au moment où la dotation versée aux régions pour soutenir
les CFA disparaît en 2027, comme nous l’expliquions à propos des
dotations régionales. Un CFA rural de 400 apprentis
qui comptait sur sa région devra désormais frapper à la porte de l’État, avec des critères
nationaux.
Pour l’employeur, rien ne change à court terme : le coût contrat est payé au CFA par l’OPCO,
pas par l’entreprise. Mais une formation « prioritaire » mieux financée a plus de chances d’ouvrir
une section près de chez lui.
5. Est-ce définitif ?
Pas encore. Un PLF est un projet : il est débattu au Parlement jusqu’en décembre et les montants
peuvent bouger. Surtout, la reconduction de l’aide devra passer par un nouveau décret. Le décret du
6 mars 2026 couvre les contrats dont l’exécution débute avant le 1er janvier 2027. Pour un contrat
qui commence en janvier, il faudra attendre ce nouveau texte, comme ce fut le cas en début d’année
2025 puis en 2026, avec à chaque fois quelques semaines de flottement. Le même budget annonce par
ailleurs un reste à charge plus élevé sur le compte personnel de formation, que nous avons détaillé
dans notre article sur le CPF : l’apprentissage
s’en sort plutôt mieux.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Employeurs : faites démarrer en décembre ce qui peut l’être. Un contrat
d’apprentissage signé en 2026 et dont l’exécution débute avant le 1er janvier 2027 est couvert par
le décret actuel, sans incertitude. Pour un démarrage en janvier, prévoyez le budget sans compter sur l’aide tant que le
nouveau décret n’est pas publié. - CFA : préparez dès maintenant votre dossier pour le fonds national. Les
critères connus portent sur les difficultés économiques durables et les métiers en tension.
Rassemblez vos comptes des trois derniers exercices, votre taux de remplissage par section et vos
chiffres d’insertion : ce sont les preuves qu’on vous demandera. - Tous : misez sur les niveaux 3 et 4 et les petites entreprises. C’est là que
l’aide reste la plus forte (5 000 €) et là que l’État concentre ses objectifs. Pour trouver des
entreprises, publiez vos offres sur La bonne alternance, le service public gratuit qui revendique
3,5 millions de visiteurs en 2025.

