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Porté par les effets des mesures de régulation engagées ces deux dernières années, France compétences table sur un excédent budgétaire en 2026 et défend son rôle central dans le pilotage de la formation professionnelle. Les explications de son directeur général, Stéphane Lardy.
Après plusieurs exercices marqués par les déficits et l’explosion des dépenses liées à l’apprentissage, France compétences entrevoit une amélioration durable de sa situation financière. Son directeur général, Stéphane Lardy, a détaillé, hier, devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), les leviers de régulation engagés depuis deux ans et défend le rôle de l’établissement dans la gouvernance de la formation professionnelle.
12 milliards d’euros de contributions redistribués en 2026
Chaque année, France compétences pilote la répartition des contributions des entreprises destinées à la formation professionnelle et à l’apprentissage. En 2026, la contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance (Cufpa), collectée par l’Urssaf et la MSA, devrait atteindre près de 12 milliards d’euros.
Ces fonds alimentent plusieurs enveloppes : financement de l’apprentissage, compte personnel de formation (CPF), projets de transition professionnelle, conseil en évolution professionnelle (CEP) ou encore plans de développement des compétences des PME.
L’établissement vote son budget chaque année à la fin novembre pour l’exercice suivant. “Nous fonctionnons avec des enveloppes ouvertes et des enveloppes fermées”, explique Stéphane Lardy.
Les enveloppes ouvertes concernent principalement le CPF et l’alternance, soit près de 9 milliards d’euros, essentiellement consacrés à l’apprentissage. Ces derniers fonds transitent par les 11 opérateurs de compétences (Opco), qui financent ensuite les centres de formation d’apprentis (CFA).
À l’inverse, les enveloppes fermées sont plafonnées. C’est notamment le cas du financement des plans de développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés (500 millions d’euros) ou encore des projets de transition professionnelle, dotés de 430 millions d’euros.
L’apprentissage au cœur des tensions budgétaires
Depuis la réforme de 2018, l’apprentissage est devenu le principal moteur des dépenses de France compétences. L’explosion du nombre d’apprentis, notamment après la crise sanitaire, a profondément déséquilibré les prévisions financières de l’établissement.
“En 2020, nous avions anticipé une baisse de 20 % des contrats. Finalement, leur nombre a progressé de 30 à 40 %”, rappelle le directeur général.
Pour absorber cette hausse, France compétences a dû recourir à l’emprunt bancaire, à hauteur d’environ deux milliards d’euros, avec des financements renouvelés chaque année auprès des établissements de crédit.
La dynamique reste toutefois soutenue : près de 840 000 apprentis sont aujourd’hui recensés chaque année. Si une légère baisse des effectifs est désormais observée – environ 5 % l’an dernier – l’apprentissage est désormais installé dans le paysage éducatif français, y compris dans l’enseignement supérieur.
“On ne reviendra pas à 300 000 apprentis comme en 2017”, estime Stéphane Lardy, qui souligne l’évolution sociologique du dispositif et son attractivité croissante auprès des familles et des grandes écoles.
CPF : 900 millions d’euros d’économies attendus
Face aux dérives budgétaires du CPF, plusieurs mesures de régulation ont été engagées notamment dans le cadre de la dernière loi de finances. France compétences a ainsi dû adopter un budget rectificatif dès avril 2026.
Parmi les principales mesures figurent le reste à charge pour les bénéficiaires, le plafonnement du financement des bilans de compétences à 1 600 euros, la limitation de certaines formations inscrites au Répertoire spécifique ou encore l’encadrement du financement du permis de conduire.
Selon Stéphane Lardy, ces ajustements devraient permettre près de 900 millions d’euros d’économies.
Une partie de ces marges financières a été réinjectée dans le financement de l’alternance, à hauteur de 300 millions d’euros.
Un retour progressif à l’équilibre
Après plusieurs années de déficit, France compétences prévoit désormais un excédent budgétaire de près de 500 millions d’euros en 2026, malgré une baisse progressive de la dotation de l’État.
“Les mesures de régulation produisent leurs effets. Nous sommes sur une trajectoire positive”, affirme Stéphane Lardy.
L’établissement continue néanmoins de dépendre d’emprunts de trésorerie pour gérer ses besoins infra-annuels.
Certifications : France compétences durcit les règles
Autre chantier majeur : la régulation du marché des certifications professionnelles. Depuis 2019, le nombre de titres enregistrés dans les répertoires nationaux est passé de 10 000 à environ 6 000.
France compétences assure avoir fortement renforcé les critères d’enregistrement, notamment sur le Répertoire spécifique, parfois accusé d’avoir laissé prospérer des certifications peu pertinentes.
“Nous refusons beaucoup de dossiers, notamment sur les formations liées aux drones ou à la création d’entreprise”, indique Stéphane Lardy.
Les certificateurs doivent désormais démontrer l’insertion professionnelle des titulaires sur les trois dernières années, tandis que les certifications doivent être renouvelées tous les cinq ans.
L’établissement travaille également avec la Caisse des dépôts, Tracfin et les services de l’État pour lutter contre les fraudes au CPF et les pratiques trompeuses.
“France compétences bashing”
Interrogé sur la proposition de loi de deux sénateurs du groupe Les Républicains, Pauline Martin et Mathieu Darnaud, visant à transférer la gestion financière de la formation professionnelle à la Caisse des dépôts, Stéphane Lardy défend vigoureusement le modèle actuel.
“On n’a pas de défaut de paiement. Cela coûterait probablement plus cher. C’est absurde”, tranche-t-il.
Le directeur général déplore également les critiques récurrentes visant l’établissement : “Le France compétences bashing commence à bien faire. C’est un opérateur qui fonctionne bien et à coût maîtrisé”.


