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Depuis mars, 35 organisations du monde de la formation participent à la Convention Monde académique. Pendant un an, leurs dirigeants réfléchissent à la manière de transformer leurs organisations pour mieux intégrer les enjeux environnementaux et sociaux.
Comment faire contribuer le monde de la formation à la transition environnementale et sociale ? Depuis le mois de mars, 35 organisations du monde de la formation participent à la Convention Monde académique, proposée par l’association Convention des Entreprises pour le Climat (CEC), reconnue d’intérêt général. Réunis en binômes, les dirigeants se retrouvent cinq fois, pendant deux jours au cours de l’année, dans plusieurs campus, pour faire évoluer leur structure face aux enjeux environnementaux et sociaux.
Pour les participants, il est impératif d’engager l’enseignement supérieur dans cette réflexion. “On forme des cadres ou des hauts dirigeants qui iront dans des entreprises prônant la consommation de masse et la performance : on est au cœur de la machine, on a notre part de responsabilité”, reconnaît Pascal Froissart, directeur de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa).
L’idée est d’aller au-delà d’une simple modification des programmes : “Aujourd’hui, les étudiants peuvent enchaîner un cours sur la transition avec un cours sur une autre thématique qui suit le paradigme actuel, il y a une sorte de schizophrénie”, regrette Élodie Binois, copilote de la CEC Monde académique. Aménagement des campus, méthodes pédagogiques, mobilité, insertion professionnelle… “On rebat toutes les cartes du fonctionnement actuel de la formation”, résume-t-elle.
Une approche originale
Trois sessions de travail se sont déjà tenues, consacrées à un état des lieux, aux différents modèles de réussite puis au lien avec le vivant. Chacune mêle conférences, ateliers collectifs et activités plus ludiques, comme un cours de jardinage. “On utilise la pédagogie tête-coeur-corps pour permettre un engagement global des participants”, explique Élodie Binois. L’intervention de l’économiste Timothée Parrique sur les nouveaux imaginaires de réussite a particulièrement marqué les esprits. “Il bouleverse l’économie orthodoxe. Ça met le cerveau en ébullition, ça oblige à voir plus loin”, décrit le directeur du Celsa.
Les structures participantes sont variées : établissements publics et privés de l’enseignement supérieur, organismes de formation, acteurs de l’insertion et de l’orientation, mais aussi entreprises, structures publiques et associations. Les disciplines représentées vont du graphisme aux métiers du bois et de l’information, en passant par l’ingénierie et la finance.
“On n’a pas tous la même façon de dire les choses, de gérer l’urgence. C’est enrichissant de découvrir les autres visions, de partager nos problématiques”, estime Sandrine Laguerre, directrice du Centre de Transition écologique à l’Insa Toulouse. Afin d’apporter le regard des premiers concernés, on retrouve également un collectif de 13 étudiants.
Différents niveaux d’avancement
Si l’ensemble des établissements se disent sensibles aux questions environnementales et sociales, tous n’en sont pas au même stade d’avancement. “Au Celsa, on n’en est encore qu’au début, on n’a pas de solution toute faite. Certaines écoles sont plus avancées que nous, avec un plan et des moyens. Mais la diversité des exemples est inspirante”, admet Pascal Froissart.
Pour l’Insa Toulouse, dotée d’un schéma directeur pour la transition depuis 2021, l’expérience est tout aussi utile : “Chacun prend les enseignements selon le stade où il en est. Ça nous permet de réfléchir à un cap à plus long terme, sur dix ou quinze ans”, prévoit Sandrine Laguerre. L’organisation de cette convention représente un budget de 850.000 euros, financé par les contributions des organisations participantes et des financements externes.
Diffuser les enseignements
Au retour de chaque session, le plus dur est de partager les enseignements au sein de leur établissement. “Dans les universités, les décisions sont toujours négociées de manière collégiale. Je soutiens ce modèle souvent décrié, mais il prend du temps. Peut-être faudra-t-il mettre en place une mini CEC pour faire avancer la réflexion en interne ?” suggère le dirigeant du Celsa, école intégrée à Sorbonne Université. À Toulouse, Sandrine Laguerre insiste aussi sur l’importance du retour d’expérience : “On aimerait proposer de courts ateliers avec le Comité de direction après chaque séance de CEC, on veut qu’ils rêvent avec nous !” s’exclame-t-elle.
À la fin de l’année, les établissements réaliseront deux livrables : une feuille de route organisationnelle permettant de construire leur propre trajectoire de transformation, ainsi qu’une feuille de route sectorielle, commune à tous les participants, qui définit un cap pour le monde de la formation. Si les premières conclusions de l’assemblée restent confidentielles, un défi émerge déjà : embarquer le monde économique afin d’aligner les transformations engagées dans les établissements avec les attentes du marché du travail.



