Formation et handicap : et si on faisait le bilan ?

Formation et handicap : et si on faisait le bilan ?

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Vingt ans après la loi du 11 février 2005, la formation professionnelle des personnes en situation de handicap reste un chantier perfectible. Les chiffres de l’Agefiph pour 2025 dressent un tableau contrasté : des progrès réels sur l’alternance et le maintien dans l’emploi, mais une chute préoccupante des entrées en formation et un écart de résultats persistant qui interroge l’efficacité du système. État des lieux. 

La loi, l’esprit de la loi… et la réalité des faits 

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a posé un principe fondamental : toute personne en situation de handicap a accès à l’ensemble des dispositifs de formation professionnelle de droit commun. Les organismes de formation ont par conséquent l’obligation de mettre en place des adaptations pour compenser le handicap, qu’il s’agisse d’un accueil à temps partiel, d’une durée de formation aménagée ou de supports pédagogiques accessibles. En complément, des dispositifs spécifiques existent : contrat d’apprentissage aménagé, stages de rééducation professionnelle en Centre de Rééducation Professionnelle (CRP), emploi accompagné. Cependant, plus de vingt ans plus tard, le bilan est nuancé. L’étude IFOP publiée en novembre 2025 par LADAPT, l’Agefiph et le FIPHFP et réalisée auprès de plus de 7 800 personnes le souligne sans détour : 60 % des personnes en situation de handicap reconnaissent des avancées depuis 2005, mais seules 12 % évoquent de « véritables changements majeurs ». Pour 41 % d’entre elles, l’égalité professionnelle signifie avant tout « être reconnu pour ses compétences sans préjugés ». Le combat principal n’est donc plus juridique mais culturel. La sensibilisation des équipes et des managers au handicap reste l’un des leviers les plus décisifs pour changer réellement la donne.

Des chiffres qui doivent interpeller

Le Tableau de bord de l’emploi et du chômage des personnes handicapées publié par l’Agefiph pour le 1er semestre 2025 livre une donnée qui devrait retenir l’attention des directions formation : les entrées en formation des personnes handicapées ont reculé de 15 % sur un an, contre 6 % – seulement – pour l’ensemble des publics. Une chute deux fois plus rapide que la moyenne, dans un contexte où les budgets formation sont déjà sous tension. 

Quant à l’efficacité, elle ne semble pas être au rendez-vous non plus. Seules 39 % des personnes handicapées accèdent à l’emploi dans les six mois suivant la fin de leur formation, contre 62 % pour les autres demandeurs d’emploi. Un différentiel de 23 points qui témoigne d’un problème de fond : les formations proposées ne sont pas suffisamment adaptées aux réalités du parcours de ces publics, ni aux besoins du marché. À ces chiffres s’ajoute la quasi-disparition des contrats aidés : au 1er semestre 2025, les Parcours emploi compétences (PEC) destinés aux personnes handicapées sont tombés à moins de 1 800 entrées, contre 4 500 un an plus tôt. Or ces parcours combinent mise en situation professionnelle et acquisition de compétences, deux dimensions dont ce public a particulièrement besoin. 

Des besoins de formation différents 

Les données Agefiph révèlent aussi des particularités dans les usages de la formation par les salariés en situation de handicap. 31 % des Bénéficiaires de l’Obligation d’Emploi (BOE) suivent une formation dite générale, un taux presque deux fois supérieur à celui de la population générale. Et 27 % d’entre eux visent une « remise à niveau », contre 15 % pour les autres demandeurs d’emploi. Ces chiffres traduisent une réalité plus sociétale que structurelle. En effet, une part significative des personnes reconnues handicapées présentent un faible niveau de qualification initiale. 36 % des demandeurs d’emploi handicapés sont dans cette situation, et 52 % ont 50 ans et plus. La formation ne peut donc pas être abordée pour ces publics comme un simple outil d’adaptation aux mutations du marché. Elle est souvent, d’abord, un outil de rattrapage, de reconstruction d’un parcours fragilisé par l’apparition ou l’aggravation d’un handicap survenu au cours de la vie (85 % des handicaps surviennent après 16 ans). Pourtant, le tableau n’est pas entièrement sombre. 

L’alternance et le maintien dans l’emploi progressent 

Deux signaux positifs méritent d’être soulignés. Le premier concerne l’alternance. Plus de 15000 personnes handicapées (15 713) ont signé un contrat d’apprentissage en 2024, soit +12 % en un an. Une dynamique réelle, portée notamment par les aides de l’Agefiph, dont 69 % des entreprises bénéficiaires se déclarent « tout à fait satisfaites ». L’alternance reste cependant un outil sous-utilisé : ces apprentis ne représentent encore que 1,8 % du total des entrées, et les acteurs du secteur continuent de pointer des freins persistants comme l’adaptation des formations, le manque d’accompagnement ou les préjugés des employeurs. Le second signal positif concerne le maintien dans l’emploi. Plus de 15 500 personnes handicapées ont été maintenues dans leur emploi au 1er semestre 2025 grâce aux interventions croisées de l’Agefiph, du FIPHFP et de Cap emploi, soit +13 % en un an. 

La formation : un levier encore trop peu mobilisé 

Au-delà des entrées en formation, c’est la question de la progression de carrière qui pose problème. L’Observatoire de l’emploi et du Handicap 2025 de l’IFOP met en lumière une réalité préoccupante : 70 % des personnes en situation de handicap n’ont obtenu aucune promotion en cinq ans, contre 58 % pour l’ensemble des collaborateurs. Pire encore : seules 56 % d’entre elles accordent de l’importance aux perspectives d’évolution dans leur travail, contre 65 % des autres salariés. Une forme d’autocensure que l’IFOP explique par l’expérience vécue au sein des organisations. 46 % des personnes handicapées identifient les transitions professionnelles comme le moment où l’impact du handicap est le plus fort. Changer de poste revient souvent à s’exposer au risque de perdre les aménagements acquis et devoir recommencer un long parcours d’adaptation. 

Le référent handicap joue pourtant un rôle décisif : l’étude IFOP montre que 76 % des collaborateurs handicapés bénéficiant d’un référent disposent d’outils adaptés, contre 53 % lorsqu’il n’y en a pas. La présence ou l’absence d’un référent crée un écart de 23 points dans l’accès aux aménagements. On peut légitimement s’interroger sur l’impact de cet écart dans l’accès à la formation elle-même… 

Un cadre de droits solide mais des usages encore fragiles 

Les personnes en situation de handicap disposent de droits spécifiques qui renforcent leur accès à la formation. Une bonification de 300 euros est intégrée sur leur Compte Personnel de Formation (CPF), distincte des droits acquis au titre de l’activité professionnelle. Pour les titulaires de la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH), les entreprises ont l’obligation de favoriser l’accès à la formation sans condition d’ancienneté, avec des financements majorés via l’Agefiph. La loi impose par ailleurs aux organismes de formation de tenir compte des besoins spécifiques en adaptant les parcours ; si ces adaptations génèrent des surcoûts, l’Agefiph ou le FIPHFP peuvent intervenir. Ces droits existent. Mais les chiffres donnent à penser qu’ils restent insuffisamment activés. En 20 ans, avec l’appui de l’Agefiph et du FIPHFP, ce sont 900 000 personnes en situation de handicap qui sont entrées en formation. Un volume considérable en valeur absolue, mais rapporté à une population de 2,9 millions de bénéficiaires d’une reconnaissance administrative de handicap, il souligne combien le chemin reste long… 

Des parcours réellement adaptés, des financements mobilisés, des organismes sensibilisés à l’inclusion, et dans chaque entreprise un référent capable de faire le lien entre les droits et la réalité du terrain… Après deux décennies d’application, le cadre juridique est clairement posé et les outils existent mais leur déploiement systématique fait encore défaut. Former les personnes en situation de handicap n’est pas une obligation à cocher. C’est une compétence collective à construire et à entretenir.

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