Quelle intégration des enjeux liés aux transitions écologique et numérique dans les certifications professionnelles ?

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Les commissions professionnelles consultatives interministérielles sont des instances paritaires qui émettent des avis sur les créations, révisions ou abrogations de certifications professionnelles délivrées par les ministères (hors enseignement supérieur à l’exception du BTS). Entre 2020 et 2024, elles se sont prononcées sur la création d’un peu plus d’une trentaine de certifications de niveau 3 à 6 visant des métiers dits « verts » ou « verdissants » ou des métiers liés aux technologies numériques (Encadré 1). Ceux-ci concernent en particulier, sur le versant écologique, les métiers de la filière du génie écologique et de la maintenance des batteries (pour en assurer le recyclage) et sur le versant numérique, les métiers d’administrateur de systèmes d’information ou de réseaux, de sécurité des systèmes, ou de la filière électronique. 

Dans le secteur du génie écologique par exemple, le ministère du Travail tout comme le ministère de l’Agriculture ont créé respectivement un titre professionnel de niveau 3 (Ouvrier du génie biologique) et un certificat de spécialisation de niveau 4 (Travaux mécanisés du génie biologique). Ces certifications répondent aux besoins en qualification exprimés par l’union professionnelle du génie écologique (UGPE), représentant patronal des entreprises de cette filière professionnelle, qui vise au travers de ses activités à l’amélioration et la restauration de la biodiversité et des fonctions écologiques sur des milieux naturels et artificialisés. 

 

Autre exemple, c’est à la suite d’un rapport d’opportunité présenté par l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) dans la CPCi Industrie de mars 2021 que le ministère de l’Éducation nationale a rénové l’ensemble de la filière électronique, répondant mieux ainsi aux enjeux des professionnels en matière de maîtrise de la consommation d’énergie, de réglementation, et de développement de nouveaux marchés comme l’écoconception, la silver économie, la domotique, la cybersécurité ou l’économie circulaire. Les débats en CPC ont montré que ces enjeux s’inscrivent plus largement dans le cadre d’une politique de réindustrialisation dans ce secteur, et à des besoins en emploi importants notamment sur les métiers de la réparation dans un objectif de lutte contre l’obsolescence programmée des produits. Renommée par un acronyme qui offre plus de lisibilité, la filière CIEL (cybersécurité, informatique et réseaux électroniques) comprend ainsi désormais quatre certifications : un baccalauréat professionnel, deux mentions complémentaires de niveau 4 et un BTS, qui s’inscrivent dans une logique de parcours. 

Les demandes de rénovation de certifications déjà existantes visant des métiers plus traditionnels sont quant à elle souvent justifiées par les branches professionnelles, les fédérations d’employeurs ou encore les ministères certificateurs, par l’évolution du contexte des emplois visés ou de nouvelles activités nécessitant l’acquisition de compétences singulières en lien avec les transformations induites par les transitions écologique (impératifs de maintien de la biodiversité, diminution des gaz à effet de serre, protection de l’environnement…) ou numérique (digitalisation des activités, protection des données…). Dans la CPC Services aux entreprises de mars 2022 par exemple, la demande de révision du BTS Professions immobilières, émanant de l’inspection générale du ministère de l’Éducation nationale, est justifiée en ces termes : « La dernière réforme de ce diplôme remontait à 2012 et le secteur a très fortement évolué depuis 10 ans, avec notamment un accroissement des exigences règlementaires et de gestion, ainsi que l’apparition de nouvelles activités d’encadrement et de spécialisation, et le développement de pratiques professionnelles nouvelles avec le déploiement du numérique… Le contexte récent a conduit à fortement faire évoluer la demande, que ce soit au travers de la composition des ménages, des préoccupations environnementales, du contexte sanitaire… La montée en puissance du numérique a totalement révolutionné l’expérience client qui peut désormais réaliser une visite virtuelle ou signer ses documents à distance et certaines agences immobilières sans implantation géographique identifiée ont émergé. Ces dossiers d’opportunité conduiront notamment à s’interroger en profondeur sur l’impact réel et prévisionnel du numérique, les nouveaux modèles économiques d’agence, les évolutions en matière de système d’information (facturation électronique…) et enfin sur les changements sociétaux et climatiques, notamment afin de tenir compte de la loi climat »(Extrait du compte rendu CPC Services aux entreprises du 1er mars 2022). 

À partir d’une analyse lexicale de quelques référentiels de certification (Encadré 2), on constate pourtant que les enjeux liés aux transitions écologique et numérique sont pris en compte de façon très variable selon le secteur d’activité des métiers visés.

 

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