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« Les échanges avec le Gouvernement se poursuivent, mais le désaccord est très important. Je dois d’ailleurs rencontrer prochainement la ministre déléguée, Sabrina Roubache

, mais ces ministres ne semblent avoir aucune marge financière et voient leur domaine de compétence sacrifié par des arbitrages financiers de Bercy caractérisés par une absolue brutalité », déclare François Bonneau

, au sujet de la baisse des budget du PRIC
Pactes Régionaux d’investissement dans les compétences
, à News Tank le 10/03/2026. François Bonneau est président de la commission éducation, orientation, formation et emploi de Régions de France
• Association régie par la loi de 1901 qui représente les Régions métropolitaines et d’Outre-mer et les collectivités territoriales assimilées auprès des pouvoirs publics• Missions :- être la voix…
, et président de la Région Centre-Val de Loire.
« Ce sont à l’évidence des arbitrages à courte vue. La question des compétences est en effet essentielle : d’une part pour éviter que le nombre de personnes qui dérivent vers le chômage de longue durée et la marginalisation n’augmente, et d’autre part pour répondre aux besoins de secteurs entiers de l’économie qui manquent déjà de compétences. La baisse très importante des financements de l’Etat aura un double effet : un effet négatif sur les personnes, qui rencontreront plus de difficultés à accéder à la formation et à l’emploi, et un effet négatif sur les entreprises et les secteurs économiques qui peinent déjà à recruter. »
« Bien que la plupart des Régions s’engagent de manière exceptionnelle à assumer en 2026 une part des financements qui revient à l’Etat, les Régions ne peuvent en aucun cas compenser cette baisse. Par ailleurs, elles voient les dotations que l’État leur accorde diminuer. Je précise que chaque Région doit, par exemple cette année, reverser une contribution à l’État (appelée DILICO) : un prélèvement est effectué sur les ressources dont nous disposons afin de compenser les difficultés budgétaires de l’État. Dans ces conditions, il est déjà très compliqué, voire impossible de maintenir l’effort que les Régions consacrent à la formation professionnelle. C’est pourtant ce qu’elles s’efforcent généralement de faire : préserver autant que possible les moyens. »
Le Gouvernement a réduit de 36 % les crédits des PRIC
Pactes Régionaux d’investissement dans les compétences
. Quelles conséquences concrètes cela aura-t-il sur l’offre de formation dans les Régions ?
Il y a trois conséquences particulièrement préoccupantes. La première intervient à un moment où le chômage, notamment celui des jeunes, a tendance à repartir à la hausse. Le besoin de formation des demandeurs d’emploi est donc accru. Or cette décision diminuer très fortement l’offre de formation qui leur est destinée. Cela privera des demandeurs d’emploi de la possibilité de retrouver une chance d’accéder à l’emploi grâce à la formation.
Le deuxième point concerne les secteurs professionnels et les entreprises qui connaissent aujourd’hui un manque de compétences : l’industrie, les services à la personne, la logistique et bien d’autres secteurs professionnels. Former les demandeurs d’emploi est absolument essentiel pour répondre à ces besoins de l’activité économique dans notre pays. Or nous ne pourrons plus le faire dans les mêmes proportions.
La troisième conséquence porte sur les organismes de formation. Lorsque vous réduisez de 30 à 50 % le volume des formations proposées sur un territoire régional, les organismes de formation qui les portent – qu’il s’agisse de formations aux savoirs de base, de préqualification ou de qualification dans les secteurs que je viens d’évoquer – voient leur volume de commandes diminuer fortement. Ils se retrouvent alors confrontés à de grandes difficultés pour maintenir l’équilibre de leur gestion et sont contraints de se séparer d’une partie de leurs formateurs et parfois conduits à disparaître totalement de tel ou tel territoire.
Vous évoquez la suppression possible de places de formation (entre 30 000 et 40 000). Quels publics seront les premiers touchés ?
Cela dépend très directement du plan régional de formation et des priorités que chaque Région se fixe. Certaines formations pourraient être particulièrement touchées, notamment les formations aux savoirs de base. Pourtant, elles sont essentielles.
Je crains aussi pour les organismes de formation implantés localement. Lorsqu’il existe des centres de formation de proximité sur un territoire, ils risquent de rencontrer des difficultés si l’offre de formation diminue.
Les publics les plus fragiles seront les plus impactés
Ce sont les publics les plus fragiles qui seront les plus impactés :
- Les jeunes d’abord, qui risquent de voir leur accès à la formation fortement contraint. Beaucoup n’ont pas acquis de qualification lors de leur formation initiale, ou bien une qualification qui n’est pas en lien avec les besoins du marché du travail.
- Je pense aussi aux seniors qui, dans un contexte de reprise du chômage, pourraient être davantage concernés.
- Mais encore aux personnes en situation de handicap. Les formations qui leur sont destinées doivent souvent être proposées à proximité et adaptées, à la fois en termes de locaux et de contenus pédagogiques. Or il existe un risque que les organismes de formation ne soient plus en capacité de proposer ce type de formations.
- Enfin, les demandeurs d’emploi de longue durée, les personnes qui sont éloignées de l’emploi depuis plusieurs années seront particulièrement pénalisées. Pour celles-ci la formation est un levier indispensable pour une insertion réussie.
Les Régions ont-elles une marge de manœuvre pour compenser une partie de cette baisse ?
Bien que la plupart des Régions s’engagent de manière exceptionnelle à assumer en 2026 une part des financements qui revient à l’Etat, les Régions ne peuvent en aucun cas compenser cette baisse. Par ailleurs, les Régions voient les dotations que l’État leur accorde diminuer. Je précise que chaque Région doit, par exemple cette année, reverser une contribution à l’État (appelée DILICO) : un prélèvement est effectué sur les ressources dont nous disposons afin de compenser les difficultés budgétaires de l’État.
Dans ces conditions, il est déjà très compliqué, voire impossible de maintenir l’effort que les Régions consacrent à la formation professionnelle. C’est pourtant ce qu’elles s’efforcent généralement de faire : préserver autant que possible les moyens.
Quelles priorités les Régions devront-elles arbitrer en matière de formation des demandeurs d’emploi ?
Les Régions essaieront de répondre à trois objectifs majeurs. D’abord, proposer des formations qui correspondent au profil et aux besoins des demandeurs d’emploi. Mais ces formations devront aussi être en phase avec les attentes du monde économique. Car l’objectif reste bien de former pour accéder à un emploi.
Les Régions prioriseront les formations qui offrent un accès direct à l’emploi
Les Régions prioriseront les formations qui offrent un accès direct à l’emploi, dans des secteurs où les besoins sont importants, dans les métiers en tension. On pense notamment aux services à la personne, aux métiers de la logistique ou encore aux métiers de l’industrie, secteur dans lequel les attentes des entreprises sont fortes. Les Régions essaieront très certainement de maintenir ces formations.
De la même manière, la baisse de l’abondement de l’État se répercutera également sur les formations aux savoirs de base, ou les actions qui permettent aux personnes de se positionner avant d’entrer véritablement en formation – ce qu’on appelle les actions d’orientation ou d’accompagnement -, la part des moyens qui leur seront consacrés sera certainement contrainte par la baisse des interventions de l’État. Ces dispositifs risquent de diminuer de manière significative dans la mesure où l’État supprime près des deux tiers des moyens qu’il mobilisait les années précédentes.
Constatez-vous déjà des fermetures ou des difficultés chez les organismes de formation ?
Oui, des alertes très fortes sont adressées. Les organismes de formation nous demandent : pourrez-vous lancer la commande de telle ou telle formation, comme cela était prévu ? Dans quels délais ? Et pour combien de places ? Les baisses de l’État menacent-elles les formations attendues ?
Dès à présent, les organismes de formation essaient d’anticiper et de voir comment maintenir l’équilibre de leur activité. L’inquiétude est très forte. Et lorsque certains formateurs travaillent avec des contrats ponctuels, ce sont bien souvent ces contrats qui sont remis en cause.
D’autre part certains organismes de formation nous ont déjà alertés de leurs difficultés financières. Nous avons déjà été interpellés par des situations de redressement voire de liquidations.
Quels secteurs économiques pourraient être les plus pénalisés par cette réduction de l’offre de formation ?
Le secteur de la formation professionnelle est, en lui-même, un véritable secteur économique
Le secteur de la formation professionnelle est, en lui-même, un véritable secteur économique. Plus de cent mille personnes y travaillent, ce qui montre bien qu’il constitue une activité économique à part entière. Il sera fortement impacté.
Mais il y a aussi les secteurs précédemment cités qui ont aujourd’hui un besoin très important de compétences et de qualifications et qui risquent de ne plus trouver, en nombre suffisant, des personnes formées pour répondre à leurs besoins. Ces secteurs seront aussi très pénalisés.
Vous parlez d’une décision unilatérale du Gouvernement. Le dialogue entre l’État et les Régions sur ces politiques de formation est-il aujourd’hui rompu ?
Les échanges se poursuivent mais le désaccord est très important. Je dois d’ailleurs rencontrer prochainement la ministre déléguée, Sabrina Roubache, mais ces ministres ne semblent avoir aucune marge financière et voient leur domaine de compétence sacrifié par des arbitrages financiers de Bercy caractérisés par une absolue brutalité.
Ce sont à l’évidence des arbitrages à courte vue. La question des compétences est en effet essentielle : d’une part pour éviter que le nombre de personnes qui dérivent vers le chômage de longue durée et la marginalisation n’augmente, et d’autre part pour répondre aux besoins de secteurs entiers de l’économie qui manquent déjà de compétences.
La baisse très importante des financements de l’Etat aura un double effet : un effet négatif sur les personnes, qui rencontreront plus de difficultés à accéder à la formation et à l’emploi, et un effet négatif sur les entreprises et les secteurs économiques qui peinent déjà à recruter.
Qu’attendez-vous du Gouvernement dans les prochains mois ?
J’attends que le Gouvernement respecte les compétences des Régions et qu’une véritable décentralisation permette aux Régions d’exercer leurs compétences à partir de ressources stabilisées dans la durée. L’intervention en « yo-yo » de l’État menace le déploiement indispensable de la formation comme d’ailleurs celui de l’apprentissage. Les Régions ont la compétence en matière de formation professionnelle, mais, dans les faits, elles sont dépendantes des décisions de l’État, qui décide à contretemps de réduire drastiquement ses financements. Or la formation et la montée en compétences de la population ne peuvent pas se décider au coup par coup.
Il faut une vision claire des personnes à former, des secteurs à accompagner, et surtout une politique inscrite dans la durée. Les organismes de formation ont besoin de stabilité pour pouvoir développer des dispositifs de qualité. Les formations, pour être efficaces, requièrent une adaptation au public concerné et beaucoup d’innovation.
Je plaide pour une véritable décentralisation
Si l’on veut des organismes de formation au bon niveau, capables de mobiliser les personnes, de leur redonner confiance et de leur permettre de rebondir, il faut de la continuité et de la sécurité dans les moyens. Là c’est l’inverse qui se passe, nous sommes en train de « casser » l’appareil de formation et si les baisses annoncées se confirment, il faudra des années avant que les organismes de formation se relèvent. Le changement de cap est trop brutal et en totale contradiction avec la trajectoire sur laquelle nous nous étions collectivement engagés dans le cadre de la loi pour le plein-emploi.
C’est pourquoi je plaide pour une véritable décentralisation : que les Régions aient à la fois la responsabilité et les moyens d’exercer cette responsabilité, sans dépendre chaque année des arbitrages de l’État.

François Bonneau
-
Président de la commission éducation, orientation, formation et emploi @ Régions de France
-
Vice président @ Régions de France
-
Président (PS) @ Région Centre-Val de Loire (Conseil régional du Centre-Val de Loire)
Parcours
Depuis septembre 2021
1989 – 1995
Communauté d’agglomération montargoise (Loiret)
Vice-président
Établissement & diplôme
–
Université d’Orléans
DEA de lettres modernes
Fiche n° 25200, créée le 31/08/2017 à 07:46 – MàJ le 09/03/2026 à 11:33
Régions de France
• Association régie par la loi de 1901 qui représente les Régions métropolitaines et d’Outre-mer et les collectivités territoriales assimilées auprès des pouvoirs publics
• Missions :
– être la voix des Régions auprès des pouvoirs publics français et des institutions européennes
– promouvoir le fait régional auprès des citoyens et des acteurs de la vie économique et sociale
– organiser la concertation et les échanges de bonnes pratiques entre les Régions
– être un centre de ressources pour les élus régionaux et leurs services.
• Présidente : Carole Delga, présidente de la Région Occitanie
• Président délégué : Renaud Muselier, président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur
• Commission éducation, orientation, formation et emploi :
– François Bonneau, président
– Kamel Chibli, président délégué éducation-orientation
– Valérie Debord, présidente déléguée formation-emploi
• Délégué général : Frédéric Potier
• Secrétaire général : Marceau Quantin
• Contact : Violaine Hacke, service de presse
• Tél. : 06 28 47 53 55
Catégorie : Associations / Fondations
Adresse du siège
1, Quai de Grenelle
75015 Paris France
Fiche n° 5551, créée le 30/08/2017 à 18:02 – MàJ le 09/03/2026 à 11:34




