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La fin des études et l’entrée dans la vie active signalent paradoxalement un recul de l’autonomie résidentielle des jeunes. En effet, si 36 % des jeunes sortis d’une formation professionnelle avaient décohabité au cours de leur dernière année d’études, ils ne sont plus que 26 % à occuper un logement autonome au cours de leurs trois premiers mois de vie active. Comme pour la décohabitation pendant les études, l’autonomie résidentielle en tout début de vie active est moins fréquente parmi les jeunes sortant du secondaire que parmi les sortants du supérieur (18 % vs 39 %). Elle concerne également davantage les anciens alternants (33 %) que les sortants de la voie scolaire (23 %), et est nettement plus fréquente pour les bacheliers professionnels ayant terminé leur formation par alternance que pour ceux issus de la voie scolaire (30 % contre 13 %).
Ce recul de l’autonomie résidentielle dans la cohorte, au moment de la transition entre formation initiale et emploi, souligne la fragilité ou le caractère transitoire de l’occupation d’un logement autonome pendant les études. Ainsi, 48 % des jeunes qui avaient quitté le domicile parental y retournent à cette occasion. Cependant, au-delà de ces mouvements de recohabitation, de nouvelles expériences de décohabitation voient également le jour. Ainsi, 12 % des jeunes qui n’avaient pas quitté le domicile parental pendant leurs études le font au cours de leurs premiers mois de vie active, et les anciens apprentis se lancent davantage que les anciens de la voie scolaire (15 % vs 10 %). Parmi ceux qui avaient décohabité pendant leurs études, les alternants ont été moins enclins que les scolaires à revenir au domicile familial lors du passage à la vie active (39 % contre 52 %). Ce résultat s’observe dans le secondaire comme dans le supérieur. Avec le temps, la part de jeunes occupant un logement distinct du domicile parental augmente, atteignant 51 % des sortants d’une formation professionnelle trois ans après la fin des études. Le clivage selon le niveau d’étude atteint demeure : quatre jeunes sur dix sortis du secondaire font cette expérience contre près de sept jeunes sur dix issus du supérieur. À cette date, un écart entre les alternants et les scolaires persiste en faveur des premiers, atteignant 11 points parmi les sortants du secondaire, 5 points parmi ceux du supérieur. L’effet de la voie de formation joue fortement pour les sortants des formations de niveau 3 et 4 : 54 % des alternants contre 36 % des scolaires de niveau 4 vivent hors du logement familial (46 % contre 39 % du niveau 3).
Si la décohabitation pendant les études renforce l’autonomisation trois ans après la fin des études pour les jeunes issus de la voie scolaire (70 % contre 37 %), les proportions sont respectivement de 73 % et 46 % pour les alternants, soulignant le rôle amplificateur de l’alternance sur l’autonomisation résidentielle, particulièrement pour les bacheliers professionnels. En définitive, en plus de favoriser l’accès à l’emploi, avoir suivi une formation en alternance augmente les chances d’accéder à une vie résidentielle autonome trois ans après la fin des études. Cet effet de l’alternance reste positif et significatif dans une analyse « toutes choses égales par ailleurs » par modélisation. D’autre part, une analyse restreinte aux seuls jeunes en emploi montre que, si l’effet net de l’alternance apparait marginal pour les sortants du supérieur (+3 points), il apparait encore conséquent pour les formés du secondaire (+11 points).

