Formateurs sans NDA, mais avec des bracelets lumineux ! đŸ’«

Formateurs sans NDA, mais avec des bracelets lumineux ! đŸ’«

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Auteur : Laurent Riquelme

L’article L. 6233-1 du code du travail prĂ©voit que les enseignements dispensĂ©s par le CFA peuvent ĂȘtre dispensĂ©s dans un Ă©tablissement d’enseignement au sein d’une UnitĂ© de Formation par Apprentissage (UFA).

Cette UFA est créée dans le cadre d’une convention entre cet Ă©tablissement et le CFA. Dans ce cas, selon un vocabulaire assez ancien, le CFA est rĂ©putĂ© ĂȘtre un « CFA Hors Murs » (pour ceux qui ne connaissent pas cette expression, je tiens Ă  prĂ©ciser que ce n’est pas une blague
, et que cette expression dĂ©signe bien un CFA qui n’accueille pas les apprentis qui sont inscrits chez lui)

Dans ce cas de figure, l’établissement d’enseignement est un sous-traitant et il a la responsabilitĂ© pĂ©dagogique des formations dispensĂ©es par son UFA.

Quid du statut des enseignants qui dispensent les enseignements Ă  l’égard des apprentis au sein de l’UFA ?

  • Il peut s’agir d’enseignants salariĂ©s, en CDI ou en CDD.

  • Il peut aussi s’agir d’enseignants prestataires de services (sous-traitants), immatriculĂ©s sous forme d’entreprise individuelle, ou constituĂ©s sous forme d’EURL ou de SASU le cas Ă©chĂ©ant.

Pour ces derniers, il n’y a point d’obligation de dĂ©claration d’activitĂ© en application du code du travail, puisque l’établissement gestionnaire de l’UFA n’est pas un organisme de formation.

En effet, l’établissement gestionnaire de l’UFA est un établissement d’enseignement rĂ©gi par les dispositions du code de l’éducation, immatriculĂ© auprĂšs du Rectorat.

  • 1°) s’il s’agit d’un CFA classique dit « dans les murs » (qui accueille les apprentis en son sein), il doit s’assurer que tous les formateurs prestataires de services sont titulaires d’un NDA (pour se conformer Ă  la fameuse exigence administrative portant sur le NDA des formateurs sous-traitants)

  • 2°) s’il s’agit d’un CFA « hors murs » (qui confie la rĂ©alisation des enseignements Ă  une UFA constituĂ©e dans un Ă©tablissement d’enseignement), il n’a aucunement vocation Ă  s’assurer que les formateurs prestataires de services sont titulaires d’un NDA, puisque ces derniers sont liĂ©s Ă  l’établissement d’enseignement gestionnaire de l’UFA qui ne relĂšve pas du code du travail.

Dans les deux cas, il y a bien un formateur en face d’un groupe d’apprentis, avec des financements OPCO, mais ce n’est pas le mĂȘme rĂ©gime juridique qui s’applique.

La distorsion entre les deux rĂ©gimes est importante : dans le cas n° 1, le CFA risque les pires sanctions en cas de contrĂŽle si les formateurs prestataires de services (sous-traitant) n’ont pas de NDA, alors que, dans le cas n° 2, le CFA n’encourra aucune sanction.

Pire encore, lorsque l’établissement d’enseignement qui gĂšre une UFA recourt Ă  des enseignants prestataires de services, ce dernier met en place une sous-traitance en cascade, dans la mesure oĂč ledit Ă©tablissement est lui-mĂȘme un sous-traitant du CFA « Hors Murs » et qu’il recourt Ă  des enseignants qui sont en sous-traitance.

Le raisonnement ne s’arrĂȘte pas lĂ , car le fait que l’établissement d’enseignement gestionnaire de l’UFA ne relĂšve pas du code du travail, mais du code de l’éducation, suppose que ce dernier ne relĂšve pas du contrĂŽle administratif et financier de l’Etat (contrĂŽle DR[I]EETS), alors qu’il perçoit, par ricochet, une part majoritaire des financements des OPCO au titre des formations par apprentissage.

Dans le cas n° 1 prĂ©citĂ© (CFA classique « dans les murs »), les dĂ©penses exposĂ©es par le CFA vont ĂȘtre examinĂ©es Ă  la loupe dans le cadre d’un contrĂŽle administratif et financier exercĂ© par la DR[I]EETS, au motif qu’il faut vĂ©rifier l’utilisation des fonds versĂ©s par les OPCO conformĂ©ment Ă  leur objet, alors que, dans le cas n° 2 (CFA « Hors Murs »), l’établissement gestionnaire de l’UFA ne fera l’objet d’aucune vĂ©rification de ses dĂ©penses sur ce registre (alors mĂȘme qu’il perçoit, in fine, la majoritĂ© des montants versĂ©s par les OPCO en qualitĂ© de sous-traitant).

S’il n’est pas possible dans un CFA d’acheter des bracelets lumineux et des petits-fours avec les fonds des OPCO pour la soirĂ©e de remise des diplĂŽmes, il est possible de s’en doter sans complexes quand ceux-ci sont payĂ©s par l’UFA.

Evidemment, c’est encore plus drĂŽle quand le CFA et l’UFA appartiennent Ă  un mĂȘme groupe de sociĂ©tĂ©s commerciales.

Vive la fĂȘte et vive la France !

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