Et si l’apprentissage n’était pas mort ?

Et si l’apprentissage n’était pas mort ?

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Pour beaucoup, 2026 semble être la date à indiquer sur la pierre tombale de l’apprentissage. Et c’est vrai qu’il y a de quoi être inquiet.

  • Baisse des aides au recrutement d’apprentis.
  • Baisse des effectifs.
  • Fermetures en série d’écoles et de CFA.
  • Baisse du financement des régions et des OPCO.

Et toujours une incertitude sur les NPEC à appliquer à la rentrée… Il n’y a finalement que la météo qui s’améliore de semaine en semaine, mais ce n’est pas ça qui va nous aider.

Pour autant, doit-on noter l’heure du décès et commencer notre deuil ?

Reprenons point par point et essayons de voir si une autre lecture est possible, sans pervertir les faits, évidemment.

Baisse des aides au recrutement d’apprentis.

Une version édulcorée serait déjà de dire que les aides sont plus ciblées sur les priorités de développement (secondaire et TPE/PME). Mais les chiffres restent, le montant des aides a globalement baissé.

Ce qu’il faut toutefois se rappeler, c’est que nous parlons ici de la fusion de l’aide légale et des aides EXCEPTIONNELLES au recrutement d’apprentis, mises en place en 2021 pour faire face à la situation sanitaire.

Avant cela, l’aide légale ne concernait que les formations du secondaire, donc jusqu’au bac, pour les entreprises de moins de 250 salariés uniquement et étaient dégressives par année de contrat, de 4125€ à 1200€.

Si on s’amuse à remonter avant la réforme, des aides régionales existaient à des montants bien inférieurs à ce que nous connaissons maintenant. Pour exemple, dans les Hauts de France, 1000€ d’aide pour les TPE uniquement, et 1000€ supplémentaire si le nombre d’apprentis de l’entreprise augmentait d’une année sur l’autre.

Et pourtant, dans ce même laps de temps, le nombre de nouveaux contrats d’apprentissage a progressé. Etonnant, non ?

Alors vous allez me dire que le nombre de contrats a progressé plus vite une fois les aides exceptionnelles de 2021 mises en place. Et c’est vrai.

Mais le dernier rapport d’usage des fonds de France Compétences nous donne une information importante. Entre 2022 et 2024, les entreprises ont majoritairement recruté plus d’apprentis d’une année sur l’autre. Alors que le montant des aides baissait.

Je trouve que cela illustre parfaitement le fait que l’on peut entrer dans l’apprentissage par incitation, et y rester par conviction.

Baisse des effectifs

C’est sûrement le second élément repris en boucle pour expliquer que c’est la fin. Pour la première fois depuis une décennie, le nombre de nouveaux contrats d’apprentissage sur une année civile a baissé. Et là encore, je ne remets pas en cause les chiffres, c’est exact.

→ Fin décembre 2024 : 890 562 nouveaux contrats

→ Fin décembre 2025 : 847 498 nouveaux contrats

C’est factuel.

→ Fin décembre 2016 : 289 478 nouveaux contrats

C’est également factuel.

L’apprentissage que nous connaissons aujourd’hui n’est pas celui d’il y a 10 ans. Les mentalités ont évolué. Les structures de formation ont évolué.

La baisse de l’apprentissage est plus l’éclatement d’une bulle qu’un rejet du dispositif. Des organismes de formation sont arrivés dans l’apprentissage par opportunisme financier. Des entreprises ont recruté des apprentis sans mesurer l’impact dans leur organisation et l’investissement nécessaire. Le secteur est en train de s’assainir, pas de mourir.

C’est exactement le même constat pour la fermeture des établissements de formation. Chaque semaine, on met en avant une nouvelle école, souvent privée, qui ferme, et qui laisse des centaines d’apprentis sur le carreau (le temps que les services publics se mettent en place pour les accompagner).

C’est atroce pour les apprentis. Mais c’est une excellente nouvelle pour le secteur dans son ensemble. Car si ces écoles ferment, c’est que les contrôles se multiplient et qu’ils deviennent plus efficaces. Cela signifie que l’écosystème devient plus stable, et digne de confiance. Les contrôles renforcés que nous vivons aujourd’hui sont en train de solutionner les problèmes laissés par le laxisme du référentiel Qualiopi. En plus, les projets de loi en cours vont dans ce sens. Que ce soit la loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, le projet de loi de renforcement de la responsabilité et des droits des apprentis, ou le projet de loi de régulation de l’enseignement supérieur privé, toute l’actualité juridique poussent pour lutter contre les abus que nous avons connus ces dernières années.

Le financement

Il y a quelques jours, le budget apprentissage des régions a été divisé par 8. Difficile dans ce contexte de ne pas dire que l’apprentissage est abandonné par les pouvoirs publics. Je vais tout de même m’y risquer.

Car contrairement aux effectifs d’apprentis, pour la première fois en 2026, France Compétences a présenté des recommandations de NPEC en hausse. Une hausse relativement faible, 1,8% en moyenne, mais une hausse quand même.

A cela s’ajoute que les branches ont la possibilité, à budget iso, de moduler ces NPEC à plus ou moins 30%. Donc là encore, il convient de choisir comment on lit l’actualité.

Il y a une volonté de pérenniser le financement de l’apprentissage, et de faire des économies. La logique « 1 contrat = 1 financement » est devenue « 1 contrat = 1 co-financement ». Et effectivement, dans le rapport d’usage des fonds toujours, on a vu la part de l’Etat dans le financement de l’apprentissage passer de 48% en 2021 à 36% en 2024. Mais on voit, avec l’assainissement du secteur, et le traitement toujours plus précis de la comptabilité analytique des CFA, la tendance repartir à la hausse pour le financement direct des CFA.

Conclusion :

Si de nombreux signaux peuvent sembler entièrement négatif dans l’actualité de l’apprentissage, il me semble nécessaire de regarder la situation dans son ensemble. « L’âge d’or » nous a donné de mauvaises habitudes et a ouvert en grand les portes des abus. La période actuelle nous rappelle à la réalité et à la raison. Il est toujours possible de construire un apprentissage de qualité pour tous, partout, et à tous les niveaux. It will survive !

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