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Le mardi 15 septembre 2026 au matin, la direction de l’Afpa a présenté son plan de
réorganisation à son conseil d’administration, puis l’après-midi au comité social et
économique central. Le contenu, rapporté par les syndicats et repris par l’AFP :
jusqu’à 867 suppressions de postes, 400 créations, et
30 centres de formation sur 142 menacés de fermeture.
L’Afpa n’est pas un organisme de formation comme les autres. C’est un établissement public
industriel et commercial, c’est-à-dire une structure publique qui vend des prestations et doit
équilibrer ses comptes comme une entreprise. Elle a formé 60 800 stagiaires en
2025 et accueilli 108 500 personnes, pour un chiffre d’affaires de
511 millions d’euros. Quand un acteur de cette taille se replie, ce n’est pas
une nouvelle interne : c’est une redistribution de cartes pour tout le secteur.
Ce qui a été annoncé le 15 septembre
| Mesure | Chiffre annoncé |
|---|---|
| Suppressions de postes | jusqu’à 867 |
| Créations de postes | 400 |
| Centres menacés de fermeture | 30 sur 142 sites |
| Sites cédés en totalité ou en partie | 68 |
| Nouveaux sites pris en location | 13 |
| Projets de regroupement | 4 : Rennes, Bordeaux, Toulouse, Marseille |
| Engagement financier de l’État | 180 millions d’euros, remboursables, gagés sur les ventes immobilières |
Une précision utile pour lire ces chiffres. L’Afpa affiche 126 centres dans
son rapport d’activité 2025, quand le plan parle de 142 sites : le second décompte inclut les
annexes et les implantations secondaires, le premier ne compte que les centres de plein
exercice. Le solde net sur l’emploi, si le plan est appliqué tel quel, se situe autour de 470
postes en moins, puisque 400 postes seraient créés en parallèle. L’agence emploie environ
5 700 salariés, dont 2 100 formateurs.
Côté syndical, la CGT, FO et Sud FPA Solidaires ont rejeté le plan. Leur intersyndicale
avait déposé, dès le 10 septembre, un préavis de grève courant du 15 septembre au 24 décembre
2026, et appelé à un rassemblement devant le siège de Montreuil le matin du conseil
d’administration. Leur argument tient en une phrase : la formation est un investissement, pas
une ligne de coût.
Pourquoi l’Afpa en est arrivée là
Deux chiffres résument la trajectoire. Entre 2021 et 2025, l’Afpa a perdu
39 % de ses stagiaires et 25 % de son chiffre d’affaires.
Une activité qui se contracte de près de moitié en quatre ans, avec un parc immobilier et des
effectifs calibrés pour l’ancien volume, produit mécaniquement ce genre de plan.
La cause est identifiable dans la structure même de ses recettes. Voici d’où viennent les
511 millions d’euros de 2025.
| Origine des recettes | Part | Montant approximatif |
|---|---|---|
| Marchés publics de formation de demandeurs d’emploi | 32 % | 163 M€ |
| Missions nationales de service public | 22 % | 112 M€ |
| Marché des entreprises, formation des salariés | 21 % | 107 M€ |
| Programmes d’accompagnement des publics éloignés de l’emploi | 13 % | 66 M€ |
| Subventions et autres | 12 % | 61 M€ |
Environ 79 % des recettes dépendent de la dépense publique : appels
d’offres des Régions et de France Travail, missions confiées par l’État, subventions. Or cette
dépense se resserre partout. Nous avons décrit ici la
mise à zéro des dotations de l’État aux Régions pour
2027 et, plus largement, un
marché de la formation qui se contracte.
L’Afpa subit la même vague, avec une exposition maximale.
S’ajoute un problème de murs. Plus d’un quart du chiffre d’affaires est absorbé par les
coûts immobiliers, en raison notamment du mauvais état des centres, et la moitié d’entre eux
sont en difficulté financière. D’où la logique du plan : vendre pour financer la réparation,
l’État avançant 180 millions d’euros que l’agence remboursera sur le produit des cessions.
Le même événement, vu de deux endroits
Vu d’un demandeur d’emploi
Prenons un homme de 45 ans, au chômage dans une ville moyenne, qui vise un titre
professionnel de soudeur. Le centre Afpa le plus proche est à 40 kilomètres et dispose d’un
plateau technique de soudure. Si ce centre ferme, le suivant est à 130 kilomètres. Ce n’est pas
un détail d’organisation : l’Afpa dispose de 13 500 places d’hébergement, ce
qui en fait l’un des très rares acteurs capables de loger un stagiaire pendant six mois de
formation. Sans centre de proximité et sans hébergement, un parcours de ce type ne se fait pas.
Rappelons que 37 % de l’activité de l’Afpa relève du BTP et 14 % de
l’industrie, deux familles de métiers qui ne s’apprennent pas à distance.
Vu d’un organisme de formation privé
La lecture s’inverse. Si l’Afpa se retire de 30 sites, les marchés publics qu’elle y
remportait se rouvrent à la concurrence. Sur les 163 millions d’euros annuels de marchés de
formation de demandeurs d’emploi, une part devra bien être réattribuée. Pour un organisme
positionné sur le tertiaire, qui représente 39 % de l’activité de l’Afpa, la barrière
d’entrée est faible : une salle, des postes informatiques, des formateurs. Pour l’industrie et
le BTP, elle est tout autre. Un plateau de soudure, une halle de maçonnerie ou un atelier de
maintenance représentent un investissement lourd et un local adapté. C’est précisément
pourquoi ces marchés risquent de rester sans repreneur là où l’Afpa s’en va.
Un point d’attention supplémentaire : l’Afpa ne se replie pas partout. Son CFA a accueilli
7 000 alternants en 2025 et vise 8 500 apprentis en 2026. L’alternance est
désignée comme son relais de croissance. Les CFA privés positionnés sur les métiers du bâtiment
et de l’industrie doivent donc s’attendre à un concurrent plus offensif sur ce terrain, au
moment même où il quitte d’autres territoires.
Ce qu’un organisme de formation, un CFA ou un formateur peut en faire
Regarder si un centre proche est sur la liste. La liste des 30 sites n’est
pas publique à ce stade, mais elle sera discutée en comité social et économique dans les
semaines qui viennent et fuitera par les élus du personnel et la presse régionale. Si un centre
de votre bassin y figure, vous avez plusieurs mois pour préparer une réponse aux prochains
appels d’offres de la Région et de France Travail sur les titres concernés.
Regarder du côté des formateurs. Jusqu’à 867 postes supprimés, sur 2 100
formateurs et environ 5 700 salariés au total : une partie de ces professionnels, titrés et
habitués à préparer à des titres du ministère du Travail, arrivera sur le marché. Pour un
organisme qui peine à recruter sur les métiers techniques, c’est une fenêtre. Pour un formateur
indépendant déjà installé, c’est l’inverse : davantage de concurrence et une pression à la
baisse sur les tarifs journaliers, un sujet que nous avions traité à propos des
critères de rémunération des
formateurs.
Regarder les plateaux techniques mis en vente. 68 sites doivent être cédés
en totalité ou en partie. Certains sont équipés d’ateliers spécialisés qu’aucun organisme privé
ne pourrait financer à neuf. Un groupement d’organismes, une branche professionnelle ou une
collectivité peut se positionner. Ces cessions relèvent de la stratégie immobilière de
l’agence, pas d’un appel d’offres de formation : elles se suivent auprès de la direction
régionale de l’Afpa et des collectivités concernées.
Ne pas confondre retrait et disparition. L’Afpa reste un opérateur de
service public avec 72 % de taux d’accès à l’emploi pour ses stagiaires titrés et 82 % de
réussite au titre. Elle négocie par ailleurs son contrat d’objectifs et de performance
2026-2029, le document qui fixe avec l’État ses missions et ses moyens pour quatre ans. Ce
contrat, pas le plan social, dira ce qu’elle fera encore en 2029.
Ce qu’il faut surveiller
Trois rendez-vous. La procédure d’information-consultation du comité social et
économique, engagée le 15 septembre : c’est elle qui rendra publics la liste des sites
et le calendrier réel, et le plan peut encore bouger à ce stade. Le projet de loi de
finances pour 2027, cet automne : les 180 millions d’euros annoncés doivent y trouver
leur traduction budgétaire, et la subvention pour charges de service public de l’agence y sera
visible. Enfin les programmes régionaux de formation 2027, dont les
consultations s’ouvrent en général au premier trimestre : c’est là, concrètement, que se
décidera qui forme les demandeurs d’emploi dans les territoires que l’Afpa quitte.

