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126 652 jeunes sans proposition, ce que les…

Barres comparées : 126 652 candidats Parcoursup sans proposition, face à 83 000 places restées vacantes

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Barres comparées : 126 652 candidats Parcoursup sans proposition, face à 83 000 places restées vacantes

La phase principale de Parcoursup s’est achevée le samedi 11 juillet 2026. Ce
jour-là, selon le tableau de bord du ministère de l’Enseignement supérieur,
126 652 candidats n’avaient reçu aucune proposition d’admission, soit
près de 14 % des 908 974 personnes suivies par ce tableau de bord. En
face, 83 000 places restaient vacantes dans environ
6 000 formations.

Sept semaines plus tard, la rentrée est faite pour presque tout le monde, et la
phase complémentaire ferme le jeudi 10 septembre 2026. Si vous dirigez
un centre de formation d’apprentis (CFA) ou un organisme de formation, cette actualité
ressemble à un sujet d’éducation nationale qui ne vous concerne pas. Elle vous
concerne pour une raison très pratique : une partie de ces jeunes va se présenter
chez vous dans les prochaines semaines, et la règle qui permet de les accueillir n’est
pas dans Parcoursup, elle est dans le code du travail.

Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne disent pas

Première précaution : 126 652 candidats sans proposition ne signifie pas
126 652 jeunes à la rue. Le périmètre du tableau de bord inclut des candidats
qui ont trouvé une solution ailleurs sans le signaler, qui partent à
l’étranger, qui redoublent, ou qui se sont inscrits dans une école privée
hors plateforme. Le ministère relevait d’ailleurs que plus de 212 000 candidats
avaient déclaré un projet en dehors de Parcoursup. Le chiffre mesure une absence de
proposition sur la plateforme, pas une absence de solution dans la vie.

Deuxième précaution, symétrique : 83 000 places vacantes ne veulent pas
dire 83 000 solutions immédiatement disponibles. Faites la division. 83 000 places
réparties dans 6 000 formations, cela fait une moyenne de quatorze places par
formation
. Ces places ne sont pas groupées dans quelques grands
établissements qui ouvriraient des sections entières, elles sont émiettées,
souvent loin du domicile du candidat et souvent dans des spécialités qui n’ont rien
à voir avec son projet initial. Un jeune qui visait un BUT informatique à Lyon et
à qui on propose une licence de lettres modernes à 300 kilomètres ne
considère pas qu’il a reçu une solution.

Et même en raisonnant au mieux : si chacune des 83 000 places trouvait preneur parmi
les 126 652 candidats, il en resterait environ 43 000 sans place sur la
plateforme. L’écart n’est pas un problème d’information ou de motivation, c’est
un écart de volume.

Le rattrapage officiel existe, il fonctionne, et presque personne ne l’utilise

Depuis 2018, un candidat sans proposition peut saisir la commission d’accès
à l’enseignement supérieur
, la CAES. Traduction en clair : c’est une
commission pilotée par le rectorat de l’académie, qui prend le dossier d’un jeune
sans solution et va lui chercher une place parmi celles qui restent, en tenant compte de son
projet. Elle est ouverte depuis le 1er juillet, elle se saisit jusqu’au 10 septembre, et elle
continue à accompagner les candidats jusqu’au 12 octobre, donc après
la fermeture de la plateforme.

Le taux de réussite est bon. En 2025, selon le ministère de l’Enseignement
supérieur, 22 235 candidats ont sollicité une CAES, contre 18 984
l’année précédente, et la quasi-totalité a fini par trouver une place.

Le taux de recours, lui, est faible. Au 11 juillet 2026, seuls 6 547
candidats
avaient saisi une CAES : 5 781 lycéens, 719 étudiants en
réorientation et 47 candidats scolarisés à l’étranger. Les saisines
montent tout l’été, donc ce chiffre de juillet n’est pas comparable au total
d’une saison complète. Mais l’ordre de grandeur de la saison 2025, environ 22 000
saisines, reste très en dessous des 126 652 candidats concernés. Autrement dit :
entre le jeune sans solution et le dispositif fait pour lui, il manque quelqu’un pour faire
le lien. Ce quelqu’un, dans beaucoup de territoires, c’est l’organisme de formation ou le
CFA qui reçoit le jeune et sa famille en septembre.

Ce qui ferme le 10 septembre, et ce qui ne ferme pas

Le calendrier officiel de Parcoursup est explicite sur deux points que beaucoup de
familles ignorent.

Le premier : la phase complémentaire, ouverte depuis le 11 juin, se termine le jeudi
10 septembre 2026. Après cette date, la plateforme n’envoie plus de propositions, hors
CAES.

Le second, et c’est celui qui intéresse directement les CFA : le calendrier
précise que pour les formations en apprentissage, vous pouvez toujours formuler des
vœux après le 1er avril 2026
. L’apprentissage a son propre rythme sur
Parcoursup, avec dix vœux supplémentaires qui ne comptent pas dans les dix vœux
ordinaires. Et surtout, un CFA n’est pas obligé de passer par Parcoursup pour recruter :
la plateforme est une voie d’entrée, pas une obligation légale.

Concrètement, un jeune qui n’a rien obtenu le 10 septembre n’est pas au bout de ses
options. Il l’ignore souvent, et son entourage aussi.

La règle des trois mois, l’outil le plus utile et le moins connu

Voici la disposition qu’un CFA devrait avoir affichée derrière son bureau
d’accueil en septembre. L’article L6222-12-1 du code du travail, en vigueur
depuis le 1er janvier 2019, prévoit qu’une personne âgée de 16 à 29 ans
révolus peut commencer un cycle de formation en CFA sans avoir encore
d’employeur
, pour une durée maximale de trois mois.

Pendant ces trois mois, le jeune a le statut de stagiaire de la formation
professionnelle
, ce qui veut dire qu’il est couvert socialement, et le CFA
l’accompagne dans sa recherche d’entreprise. Les coûts de cette période peuvent
être pris en charge par l’opérateur de compétences, l’OPCO, selon des
modalités fixées par décret. Dès qu’un contrat d’apprentissage est
signé, et il peut l’être à tout moment, la durée du contrat est
réduite du nombre de mois déjà écoulés depuis le début du cycle.

Prenons un cas simple. Une jeune bachelière n’a rien obtenu sur Parcoursup et se
présente dans un CFA le 15 septembre pour un BTS en alternance qui a démarré le
1er septembre. Aucune entreprise ne l’a encore recrutée. Elle peut intégrer la
formation tout de suite, suivre les cours jusqu’au 1er décembre au plus tard, et
chercher son employeur pendant ce temps avec l’aide du CFA. Si elle signe le 20 octobre,
son contrat d’apprentissage est amputé des sept semaines déjà passées en
centre. Si elle ne trouve personne au bout des trois mois, elle sort du dispositif. Le
mécanisme n’est donc pas une garantie, c’est un sursis utile, et un sursis de trois
mois vaut mieux qu’une année blanche décidée le 10 septembre.

Les deux points de vue, et ils ne disent pas la même chose

Côté jeune et famille, la règle est une bonne nouvelle
franche. Elle transforme un mois de septembre vide en un mois de septembre en cours, avec un
rythme, un groupe et un accompagnement à la recherche d’entreprise, ce qui est
précisément ce qui manque à un jeune isolé qui envoie des candidatures
depuis sa chambre.

Côté CFA, la lecture est plus nuancée, et il faut le dire
honnêtement. Accueillir un apprenti sans contrat, c’est engager des coûts
pédagogiques sur une prise en charge OPCO plus incertaine que celle d’un contrat signé,
dans un contexte où les financements se resserrent déjà : nous avons
détaillé la
suppression annoncée des dotations de
l’État aux Régions pour 2027
et la
baisse des aides à
l’embauche
, qui rendent les entreprises plus hésitantes. Remplir une section avec
des jeunes qui n’auront peut-être pas de contrat dans trois mois n’est pas une
stratégie de gestion, c’est un pari.

Les deux lectures sont vraies. Ce qui les réconcilie, c’est la sélection du
dossier plutôt que le volume. Un CFA qui accepte trois jeunes sans contrat sur une
section où il connaît dix entreprises qui recrutent chaque année prend un
risque mesuré et rend un vrai service. Le même CFA qui en accepte quinze sur un
métier où le marché s’est retourné fabrique quinze déceptions pour
décembre.

Ce qu’un CFA ou un organisme de formation peut faire cette semaine

Vérifier ce qu’il reste réellement de places et le dire. Une
section à laquelle il manque quatre alternants en septembre n’a pas besoin d’une
campagne, elle a besoin que l’information circule auprès des CIO, des missions locales
et des lycées du bassin, qui reçoivent en ce moment même des familles sans
solution.

Parler de la CAES aux familles qui se présentent. Même quand
vous n’avez pas de place pour elles. Un jeune qui repart avec la phrase saisissez la
commission d’accès à l’enseignement supérieur de votre académie avant
le 10 septembre
a reçu davantage que ce qu’il venait chercher, et vous vous
souviendrez de vous l’année prochaine.

Cadrer par écrit l’accueil sans contrat. Si vous ouvrez la porte
aux trois mois de l’article L6222-12-1, mettez noir sur blanc la date limite, ce que le CFA
s’engage à faire pour la recherche d’entreprise, et ce qui se passe si aucun contrat
n’est signé. Le litige de décembre se prévient en septembre.

Confirmer les modalités de prise en charge avec votre OPCO avant
d’inscrire.
C’est la seule variable qui détermine si l’accueil sans contrat
coûte peu ou coûte cher à votre établissement. La question se pose en une
ligne : dans quelles conditions et à quel niveau prenez-vous en charge un jeune
accueilli au titre de l’article L6222-12-1 ?

Ce qu’il faut surveiller

Trois échéances. Le 10 septembre, fin de la phase
complémentaire, qui donnera le nombre de candidats restés sans proposition et
permettra de comparer à 2025. Le 12 octobre, fin de l’accompagnement
CAES, seul moment où l’on saura combien de dossiers la commission aura effectivement
dénoués cette année. Et le 1er décembre, terme des trois
mois pour les jeunes entrés en CFA le 1er septembre sans employeur : c’est à cette
date, et pas avant, que l’on saura si la règle a servi d’amortisseur ou seulement de
salle d’attente.

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