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Elles sont cinq. Cinq professionnelles expérimentées de la petite enfance qui pourraient devenir les premières titulaires en France du nouveau titre professionnel d’Intervenant éducatif petite enfance (IEPE) obtenu par la Validation des acquis de l’expérience (VAE). Les 21 et 22 juillet, les candidates se sont succédé devant le jury composé de Mélanie, auxiliaire de puériculture et Mathilde, directrice de microcrèche et également AP. Cette première session était organisée par l’Institut de formation Bleu Éducation à IFAP Paul Strauss Babilou, Paris 15ème. Une première à plus d’un titre : la certification n’existe que depuis quelques mois et son inscription sur la plateforme France VAE date de janvier 2026
Une première pour les candidates comme pour le jury
Sur place, l’ambiance était studieuse, mêlant à la fois une certaine tension et la satisfaction de participer au lancement concret d’une nouvelle certification. Nous n’avons pas pu rencontrer les candidates dont l’anonymat devait être préservé. Mais toutes disposaient néanmoins d’une expérience professionnelle en lien avec le référentiel du titre, condition indispensable pour que leur projet de VAE soit recevable.« Elles étaient stressées et appréhendaient ces quatre heures d’épreuve. Mais nous avons réussi à les mettre à l’aise », explique Mathilde, membre du jury pour qui c’était également une première. Comme sa collègue Mélanie, elle a suivi une journée de formation consacrée au nouveau référentiel et aux modalités d’évaluation du titre IEPE, avant de pouvoir à siéger au sein du jury. Toutes deux disposaient aussi d’un guide d’entretien destiné à les accompagner dans leur questionnement et à garantir le respect du cadre national de l’examen.
Elles évoquent des professionnelles motivées, positives et disposant d’une solide expérience de terrain. « Le constat aujourd’hui, est que le vivier de professionnels identifiés pour pallier cette pénurie de professionnels qualifiés (EJE et AP principalement) est actuellement en situation d’emploi au sein de la catégorie 2 ( environ 130 000 professionnels). Il faut permettre à ces professionnels de monter en compétence et d’avoir des vraies perspectives de carrières et le titre professionnel a été architecturé pour répondre à cette cible et de manière qualitative », explique Sabrina Martel, chargée de mission attractivité et métiers de la petite enfance au sein du bureau des professions sociales, présente lors de cette première session. Impossible, toutefois, de connaître immédiatement les décisions prises. À l’issue des épreuves, les jurys complètent les procès-verbaux transmis par le centre organisateur. Les résultats sont ensuite notifiés individuellement aux candidates, généralement dans un délai de quelques semaines.
Un lancement mené en quelques mois
La rapidité avec laquelle cette première session a été organisée interpelle. Le titre est entré en vigueur en décembre 2025 et n’a été intégré à France VAE qu’au début de l’année 2026. Quelques mois plus tard, cinq candidates se présentent déjà devant les jurys. « Il fallait bien être les premiers. Quand on y croit, quand on en a envie et quand on est bien entouré, c’est possible, explique Salomé Banon, co-fondatrice de l’organisme de Bleu Éducation. Il a d’abord fallu faire connaître la certification et répondre aux nombreuses questions des professionnels et des employeurs », poursuit Salomé Banon. L’organisme a ensuite intégré le nouveau référentiel, mobilisé ses architectes accompagnateurs de parcours et préparé rapidement le plateau technique nécessaire à l’examen.
La rapidité du parcours ne signifie pas que les compétences ont été acquises en quelques semaines. « La VAE ne sanctionne pas un savoir académique, post formation initiale, mais des compétences professionnelles acquises tout au long de sa carrière, rappelle Sabrina Martel. Une VAE en moyenne dure 11 mois. Le délai est souvent corrélé au temps que prend le professionnel à rédiger son écrit. Si cette dernière le fait rapidement, elle peut passer rapidement devant le jury sous réserve d’une session. »
Un nouveau titre professionnel de niveau 4 né dans la douleur
Le titre professionnel IEPE a été créé par un arrêté du 12 décembre 2025, publié au Journal officiel le 14 décembre et entré en vigueur le lendemain. Délivré par le ministère chargé de l’Emploi, il est enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles sous le numéro RNCP 41849. Il est classé au niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles accessibles par voie de la formation initiale ou de la VAE. Le titre est composé de trois blocs de compétences : contribuer à l’accueil des jeunes enfants et à la réponse à leurs besoins fondamentaux ; accompagner leur développement ; accompagner les parents ou l’entourage.
Son principal avantage et même sa raison d’être : ces titulaires peuvent être comptabilisés parmi les professionnels dits de catégorie 1 chargés de l’encadrement des enfants en EAJE. Cette reconnaissance prend une importance particulière dans les microcrèches. Le décret du 1er avril 2025 prévoyait en effet de mettre fin, à compter du 1er septembre 2026, à la dérogation permettant à certains professionnels de catégorie 2 justifiant de deux années d’expérience d’être comptabilisés parmi les professionnels de catégorie 1. Face aux inquiétudes des gestionnaires et aux difficultés de recrutement du secteur, le gouvernement a reculé, suivi du Conseil d’Etat qui a préconisé l’annulation pure et simple de cette disposition. La DCGS a présenté un projet de réécriture du décret.
Pour autant, le titre reste contesté par plusieurs organisations professionnelles qui y voient une certification au rabais. La DGCS, elle, le défend bec et ongles. « Malgré ce que l’on entend partout, le titre n’a pas été créé en vitesse pour répondre au décret microcrèche, assure Sabrina Martel. La publication de ce décret a été une opportunité de pouvoir enfin créer une filière Petite enfance ad hoc avec un niveau 4 que chacun réclamait depuis des années, en miroir de la filière sanitaire.»
Une centaine d’autres candidats déjà intéressés
Cette première session ne devrait toutefois pas rester longtemps isolée. Comme d’autre organisme spécialise dans la VAE et la petite enfance, Bleu Éducation envisage de nouvelles sessions aux mois de novembre et décembre 2026, auxquelles environ une centaine de candidats pourraient participer. Du côté du jury, Mélanie et Mathilde, convaincues par cette première expérience, se disent déjà prêtes à rempiler. Également présente sur place pour découvrir les lieux et mieux comprendre l’examen, Barbara, directrice au sein du groupe de microcrèches MicroStars, attend quant à elle son habilitation pour devenir membre du jury : « C’est mon nouveau projet professionnel et personnel : devenir membre de jury. Après avoir obtenu mes deux diplômes par la VAE, je passe le flambeau, je passe de l’autre côté maintenant. »


