Lien source de cet article.
Auteur :
Guillaume Ducable, JGPmedia pour Localtis
Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a été interpellé mardi 19 mai au Sénat en séance publique par le sénateur des Yvelines Martin Lévrier (groupe Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants), qui a souhaité attirer son attention sur la “cohérence des programmes pédagogiques des centres de formation d’apprentis et des besoins des bassins d’emploi locaux”, avec en toile de fond le succès quantitatif de la réforme de l’apprentissage de 2018 qui ne semble pas se traduire de manière évidente par un succès qualitatif, estime l’élu.
Avec 810.000 entrées en formations enregistrées à la rentrée de 2025, “les résultats sont là”, admet le sénateur, membre de la commission des affaires sociales du Sénat. En parallèle, le nombre de CFA a bondi passant de moins de 1.000 à près de 3.500 ce qui dénote, selon l’élu, “un succès de volume indéniable”, mais pas obligatoirement “un succès tout court” ! Car derrière les chiffres, estime Martin Lévrier, se cachent des situations individuelles où “les jeunes les plus fragiles dans leur orientation, parfois en rupture scolaire, ont fait confiance à des organismes de formation qui les ont recrutés massivement sur la base de promesses non établies”, dans des filières le plus souvent saturées et pour des diplômes faiblement valorisés sur le marché du travail. L’élu des Yvelines rappelle également que près de 10 milliards d’euros sont consacrés chaque année à l’apprentissage et que dans ces conditions “il n’est pas admissible que des organismes de formation aux taux d’insertion insuffisants continuent de percevoir des fonds publics sans mécanisme de conditionnalité”.
Renforcer les exigences d’enregistrement des certifications
En réponse à la question du sénateur, le ministre a rappelé le refus du gouvernement “d’une politique en apparence performante en volume mais qui serait défaillante en qualité”. Pour Jean-Pierre Farandou, après le succès quantitatif de la réforme de 2018, “nous entrons désormais dans une nouvelle phase nécessitant exigence, transparence et responsabilité accrue de l’ensemble des acteurs” de l’apprentissage et de la formation. À ce titre, le ministre dit assumer “un renforcement de la régulation du dispositif”, soulignant que “l’apprentissage n’est pas un espace où chacun peut agir sans rendre de comptes”. “Avec France compétences, a-t-il poursuivi, nous avons déjà renforcé les exigences d’enregistrement des certifications, notamment en matière d’insertion professionnelle.” Jean-Pierre Farandou revendique en parallèle l’introduction “d’une réforme structurelle du contrôle des opérateurs de compétences (Opco)” dans le projet de loi récemment voté de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, avec pour ambition de “mettre fin à la dispersion actuelle et d’organiser la coordination et la mutualisation des contrôles”.
Le ministre entend également s’appuyer sur le plan d’action Emploi futur en faveur de l’insertion des jeunes sur le marché du travail présenté le 7 mai dernier (lire notre article). En mettant l’accent sur la transparence à travers la mise en place d’un outil, InserScore, permettant d’informer les jeunes et leurs familles sur les débouchés par filière ainsi que sur les conditions de rémunérations par métiers. Jean-Pierre Farandou a également insisté sur “la mobilisation des outils de l’État” pour assurer un suivi au plus près des besoins locaux, comme avec 1Jeune1Solution ou encore la plateforme Avenir. “Avec France Travail, les missions locales et les comités territoriaux pour l’emploi, nous construisons des plans d’action territoriaux pour orienter les jeunes vers les métiers qui recrutent réellement”, a-t-il plaidé, évoquant dans la foulée un travail menée avec sa collègue du gouvernement Sabrina Agresti-Roubache, ministre déléguée chargée de l’enseignement, de la formation professionnelle et de l’apprentissage, afin d’établir “une cartographie de l’offre de formation avec une obligation de déclaration pour que l’État puisse piloter plus efficacement sa politique d’apprentissage”.
