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Des actifs confiants, mais avec une envie de changement marquée
Selon le baromètre mené auprès de 1 621 actifs français, 69 % des répondants se disent confiants dans leur avenir professionnel, un chiffre en progression de deux points par rapport à 2024. Un sentiment particulièrement fort chez les cadres et les 18-25 ans. Mais derrière cette confiance, les mutations du monde du travail sont bien présentes : 43 % des actifs estiment que leur métier évolue très vite, et plus de la moitié (51 %) envisagent de changer d’emploi, dont 34 % à court terme (d’ici deux ans).
Selon Julie Gaillot, Directrice de Pôle CSA, « 85 % des actifs affirment que leur métier évolue, et 43 % estiment qu’il évolue très vite. » Une évolution qui nécessite de l’adaptation : « On dit qu’on fera le même métier, mais pas de la même manière… il faudra donc se former ! » Un constat partagé par Stéphane Rémy, sous-directeur des politiques de formation et du contrôle à la DGEFP pour le ministère du Travail, qui note « une volonté forte de mobilité, même chez les plus jeunes. »
Les actifs se sentent de plus en plus responsables de leur formation
Trois quarts des personnes interrogées (74 %) estiment qu’ils sont seuls responsables de leur parcours de formation continue, un chiffre stable depuis 2022. Mais cette perception recule légèrement (-6 points en deux ans), signe d’une attente croissante vis-à-vis des employeurs et des pouvoirs publics.
Pour Pascale Romenteau, directrice générale de Centre Inffo, la loi de 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel a rempli sa promesse : « Les actifs veulent être acteurs de leur avenir, mais ils ne peuvent pas avancer seuls. »
Un déficit d’information persistant sur la formation
Malgré une légère amélioration du sentiment d’information, seuls 53 % des actifs se sentent “bien informés” sur la formation professionnelle. Ce chiffre chute à 36 % chez les chômeurs. Les moins de 35 ans sont les mieux informés, en particulier sur le CPF, le PTP ou les droits à la formation. En revanche, la méconnaissance reste forte concernant les dispositifs comme la Pro-A (36 % de notoriété) ou CléA (31 %).
Julie Gaillot souligne également une fracture inattendue : « Les plus diplômés, au-delà de Bac+2, présentent un déficit d’information. » Un paradoxe qui souligne la complexité de l’écosystème de la formation professionnelle.
Les principaux canaux d’information sur la formation restent aujourd’hui les moteurs de recherche, l’employeur ainsi que les sites spécialisés (NDLR : comme Studyrama Pro). Mais les lieux d’information de proximité, les organismes de formation locaux ou les modalités de financement restent, visiblement, encore mal identifiés.
Reconversion : un intérêt fort mais un passage à l’acte en recul
Si 47 % des actifs sont concernés ou intéressés par une reconversion, ils ne sont que 18 % à être effectivement engagés dans une démarche — le plus bas niveau depuis 2021. Un écart qui s’explique notamment par le besoin d’accompagnement : 62 % des personnes interrogées estiment qu’une reconversion nécessite un soutien renforcé.
L’intelligence artificielle, nouvelle donne de la formation
Nouveauté de l’édition 2025 du baromètre : un focus a été fait sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le monde du travail. Déjà adoptée par 68 % des actifs, l’IA est principalement utilisée pour la recherche d’informations (46 %) ou la rédaction de documents (43 %).
Les plus à l’aise avec ces outils sont les 25-34 ans et les cadres, notamment dans les secteurs des services. En revanche, les fonctionnaires, les seniors et les habitants de zones rurales affichent un net retard. 51 % des agents publics se disent par ailleurs mal à l’aise avec ces technologies.
Si 76 % reconnaissent que l’IA fait gagner du temps, 77 % redoutent néanmoins une dépendance excessive, voire une baisse de leur niveau rédactionnel. Le regard sur l’IA est par conséquent nuancé : 43 % la voient comme une opportunité, 27 % comme une menace.
Julie Gaillot rappelle que « seuls 38 % des actifs ayant recours à l’IA ont été formés à ces outils », alors que 78 % estiment que son impact sur leur pratique sera significatif dans les cinq prochaines années. Une « petite révolution » en cours, qui souligne l’urgence de se former à l’IA pour ne pas creuser de nouvelles fractures.
Une mobilisation collective indispensable
Le baromètre 2025 le montre : les actifs ne manquent ni de lucidité ni d’envie. La majorité se sentent responsables de leur avenir professionnel, mais ils attendent des outils concrets pour avancer. Formation, reconversion, IA… les besoins sont là, les questions aussi.
« Il ne suffit plus de parler d’employabilité, il faut donner à chacun les moyens concrets de s’adapter », résume la directrice générale de Centre Inffo. Aujourd’hui, les actifs veulent bouger, évoluer, se former. Reste à leur donner les bonnes clés. Car face à la transformation rapide des métiers, l’immobilisme n’est plus une option…
* Méthodologie : le baromètre de la formation et de l’emploi CSA pour Centre Inffo en partenariat avec “Envergure” a été réalisé en ligne du 3 au 11 février 2025, auprès d’un échantillon de 1621 actifs français âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population des actifs français selon les critères de sexe, d’âge, de statut en emploi, de la catégorie socio-professionnelle, de la région d’habitation et de la taille d’agglomération.
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