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Quand j’ai reçu le kit « Fier de former » de la Fédération des Acteurs de la Compétence (dont C-Campus est adhérent), je me suis demandé : « c’est quoi encore cette com’ » ? Passé l’effet de surprise, je me dis que cette campagne est loin d’être sans intérêt. Et d’une certaine manière, elle tombe à pic. Car il est temps de mettre en valeur ce beau métier qu’est celui de la formation.
Il y a de quoi être fier de former !
Quand on prend un peu de recul et qu’on pense à notre métier de formateur et formatrice, nous avons trois bonnes raisons d’être fier de former.
Un métier de relation humaine
La première raison, évidente, est que nous faisons un métier de relation humaine. Bien d’autres professionnels le font, mais nous avons la chance de l’exercer à la fois dans des moments positifs pour les personnes que nous accompagnons (apprendre, développer ses compétences) et souvent en situation de groupe. Nous sommes l’animateur, l’animatrice qui facilitons les échanges, nous créons des ambiances propices à l’apprentissage. Ce n’est pas le Club Med ! Mais une formation, reste pour la plupart des apprenants un moment agréable, dont ils se se souviennent. C’est un métier plaisant pour celui qui l’exerce et qui donne du plaisir aux bénéficiaires des prestations. Tous les métiers ne peuvent pas en dire autant.
Cet aspect humain du métier est souvent valorisé par les nouveaux entrants. Et c’est ce qu’il fait qu’il reste très attractif malgré des conditions de travail qui ne sont pas toujours les plus faciles : stress, charge cognitive et émotionnelle élevée, déplacements, etc. Nous aussi nous avons nos critères de pénibilité, mais reconnaissons qu’ils sont bien moindres que ceux de nombreux métiers plus exposés. Et surtout c’est bien vite compensé par lr regard d’un apprenant qui nous fait comprendre qu’il a compris (le fameux moment Eurêka !) ou par des groupes qui nous remercient parce qu’ils ont appris et qu’ils se souviendront de ce moment rare qu’ils viennent de vivre.
Une double haute valeur ajoutée
La deuxième raison est que nous contribuons par la formation à développer les compétences. Nous ne sommes pas les seuls. Manager, tuteur ou mentor le font également. Mais nous, les formateurs et formatrices, nous en avons fait notre métier ou, à tout le moins, une mission essentielle (cas des formateurs occasionnels).
Contribuer au développement des compétences, c’est produire une double « externalité positive », pour reprendre un terme économique à la mode.
- Pour nos bénéficiaires directs, les apprenants, nous contribuons à leur insertion ou ré-insertion, leur promotion ou leur perfectionnement
Pour un apprenant, nous ne faisons pas que lui faire vivre un bon moment (comme nous venons de le voir). Nous l’accompagnons dans son apprentissage, ce qui lui permet, selon sa situation, soit de trouver ou retrouver un emploi, soit de se préparer à prendre un nouveau poste (souvent supérieur ou mieux adapté à ses attentes), soit plus modestement de lui permettre d’être plus efficace mais aussi plus à l’aise dans son job actuel.
Toutes ces externalités sont très positives. Tous les métiers ne peuvent pas s’en prévaloir. Certes, nous ne sauvons pas des vies ou ne préservons pas des forêts, mais nous contribuons modestement à rendre la vie au travail de nos concitoyens « meilleure ».
Personnellement, j’ai toujours été gêné par des personnes sortant de formation et déclarant que le formateur avait changé leur vie. D’abord parce que cela laisse sous-entendre que le formateur serait un gourou. Et ensuite, parce que la personne qui s’exprime ainsi, n’a pas totalement terminé son chemin d’apprentissage, puisqu’elle n’a pas pris conscience de sa propre responsabilité dans la transformation qui s’est opérée. Pour autant, on ne peut pas nier qu’en tant que facilitateur d’apprentissage, le formateur contribue à des processus de transformation significatifs.
- Pour les entreprises, nous contribuons à développer leur performance économique et sociale
En contribuant au développement des compétences des collaborateurs, nous favorisons la performance économique et sociale des entreprises. Et par conséquent, indirectement la compétitivité de la Nation sur le volet « capital humain ». Au plus haut niveau, on a un peu tendance à l’oublier : toutes les aides aux entreprises, toutes les baisses de charges, toutes les réductions de la fiscalité sont de faible effet si l’entreprise ne peut pas recruter les personnels compétents, ni les monter en compétence quand cela devient nécessaire. À quoi bon investir dans des datas centers, si les travailleurs français n’ont pas les compétences nécessaires pour s’adapter aux nouveaux métiers issues de l’introduction de l’IA ?
Aux côtés des consultants et des managers, les formateurs et formatrices sont au cœur de la montée en compétences des travailleurs en France. Cette montée en compétences est la condition indispensable d’une montée en gamme économique, garante d’une meilleure compétitivité, d’une plus forte valeur ajoutée et, in fine, de marges accrues pour nos entreprises !
Une double expertise
La troisième raison est qu’il s’agit d’un métier loin d’être accessible à tous. Pour aider les personnes à monter en compétence, il faut soi-même être très compétent. Et même doublement compétent !
Quoi qu’on en dise, et même si former n’est pas transmettre, rares sont les bons formateurs qui ne sont pas aussi des experts du domaine dans lequel ils interviennent. Pour faciliter les apprentissages, il faut être en capacité de débloquer les situations d’incompréhension des apprenants. Et pour ce faire, il est indispensable de maîtriser le métier sous certaines de ses facettes. Il faut en savoir beaucoup sur le métier, pour en dire peu, mais en dire l’essentiel quand on est formateur !
La pédagogie est une compétence forte. Savoir faciliter des apprentissages, ce n’est pas savoir faire de beaux exposés. Malheureusement tout bon manager ou tout expert se croit pédagogue parce qu’il a suivi pendant une bonne vingtaine d’années des enseignements à « l’école de le République ». Mais n’importe qui n’est pas pédagogue (ou plus exactement « Andragogue » comme l’a théorisé Malcom Knowles). Ce n’est pas que du talent, c’est un long apprentissage qui repose sur des savoirs théoriques élaborés (psychologie et sociologie des apprentissages, neurosciences), des méthodes sophistiquées (ingénierie des compétences, de formation, pédagogique…), des techniques variées (techniques de gestion de projet, de conception, d’animation, d’accompagnement) et bien entendu sur une posture particulière, qui se réfère à une éthique du métier.
Tout formateur compétent peut être aussi fier de sa double expertise. Autant sur des professions très reconnus aujourd’hui telles que médecin, commandant de bord, avocat, ingénieur… Et s’il ne l’est pas, ce n’est pas parce que ses expertises sont plus faciles à acquérir, mais parce qu’elles sont moins socialement valorisées.
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« Pour vivre heureux, vivons caché », ne fonctionne plus !
Jusqu’à présent les formateurs vivaient cachés. Et ne se posaient pas beaucoup de questions sur la reconnaissance de leur expertise.
Dans les années 2010, quand des amis ou membres de ma famille, me demandaient ce que je faisais, et que je répondais que j’étais formateur, ils me regardaient étonnés : « Ah bon, c’est quoi ? Tu es prof ?’ ». Pour ne pas m’embarquer dans de longues explications, j’allais dans leur sens et leur disais que j’étais prof’ d’adulte. Et on passait immédiatement à autre chose. Mon égo pouvait en prendre un coup quand je voyais que mon voisin de table qui était commandant de bord, avocat ou médecin attiraient beaucoup plus l’attention. Mais ça m’allait bien.
Depuis la réforme de 2018, et les fraudes au CPF et à l’apprentissage, les mêmes diners ne donnent pas lieu aux mêmes échanges. Aujourd’hui, mes interlocuteurs croient savoir ce que je fais : « Ah oui, y’a beaucoup de gaspillage et de fraudeurs dans ton secteur ?!? ». Et je suis contraint de me défendre et d’expliquer ce qui s’est passé. De « sans opinion », on est passé en l’espace de quelques années à des opinions assez négatives à l’égard de notre métier, chez certains de nos compatriotes.
Il est donc urgent de dire ce que nous faisons et que les 300 à 400.000 formateurs* sont dans leur immense majorité, loin d’être « des margoulins voleurs de fonds publics » et que c’est même radicalement l’inverse. Il s’agit pour la quasi totalité d’entre eux de passionnés, investis et engagés pour le développement des personnes et des organisations.
Le chiffre de 300 à 400.000 formateurs n’est qu’approximatif car il n’y aucune statistique sérieuse dans le domaine si on veut inclure à la fois les consultant-formateurs, les formateurs permanents en organisme de formation et en entreprise et surtout les formateurs occasionnels en entreprise, administration et associations, ou encore dans le sport et le bénévolat. C’est un symptôme révélateur du fait que nous n’avons pas su organiser la profession de formateur.
Protégeons notre métier : l’urgence de l’encadrer
Si on en est arrivé là, c’est parce que les vannes du marché de la formation ont était trop largement ouvertes. Jusqu’à 2018, la profession était régulée par les organisations paritaires. Beaucoup les critiquaient (notamment les tenants d’une politique plus « néo-libérales » ou plus « stato-dirigiste ») mais reconnaissons qu’ils faisaient le taff (aucun déficit entre la loi Delors de 1971 et la loi Avenir Professionnel en 2018).
À partir de 2018, « un pognon de dingue » a déferlé sur la formation (on est passé de 15,4 milliards d’euros en 2018 à 27,6 milliards d’euros en 2022, soit +79%) cet argent est pour une grand part de l’investissement public (CPF, Apprentissage) mais aussi de l’argent des entreprises qui ont de plus en plus de besoin. Or rien de sérieux n’a été fait pour protéger le marché de ses dérives.
On va me rétorquer qu’il y a eu Qualiopi et que les gouvernements successifs se sont engagés à lutter contre les fraudes et ont mêmes empilés les normes et procédures pour réguler le marché. C’est vrai, mais toutes ces bonnes intentions et cette surcharge administrative ont eu des résultats peu probants ! Elles n’ont pu empêcher certains nouveaux entrants sans foi ni loi de pénétrer le marché pour en profiter. Ils étaient peu nombreux, mais ils ont fait beaucoup de mal.
Tout marché qui est efficacement régulé passe par une double régulation et non pas une seule :
- Une régulation des opérateurs (la DGAC dans l’aérien, l’ASN dans le nucléaire, l’AMF pour la banque) qui leur fixe des règles. C’est ce que les pouvoirs publics ont voulu faire via Qualiopi.
- Une régulation des professionnels : diplômes pour les médecins, qualifications pour les pilotes, habilitations pour les intervenants sur sites nucléaires, formations obligatoires pour les conseillers bancaires ou les avocats, permis C ou CE + FIMO et FCO pour les conducteurs de poids lourds, carte professionnelle dite carte T pour les détenteurs d’agence immobilière.
Cette régulation des professionnels par les formations, les certifications, les habilitations ou encore les permis et les cartes professionnelles est un « impensé » dans le domaine de la formation. Nous sommes l’une des dernières professions à ne pas être encadrée (je dis bien « profession » et non pas opérateur – là, nous sommes probablement l’un des types d’opérateurs des plus contrôlés). Le dicton « Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés » s’applique particulièrement bien à la formation. Il est temps que nous nous organisions pour faire reconnaitre la qualité et la valeur ajoutée de notre métier. Ce qui passera inévitablement par deux actions complémentaires :
- L’élaboration d’une charte ou d’un code déontologique : il est grand temps que la profession formalise ce que l’on a droit et pas droit de faire en formation avec l’arrivée de l’IA !
- La mise en place d’un parcours d’entrée dans le métier et de perfectionnement obligatoire : que ce soit une formation, une certification ou un permis (comme l’a mis en place la branche de l’hôtellerie restauration) il est nécessaire de vérifier que n’importe qui n’entre pas sur le marché de la formation et qu’il y a un minimum de compétences à posséder pour former. Et que ces compétences ne sont pas acquises pour la vie, mais qu’elles s’entretiennent.
Plutôt que de changer pour une dixième fois le référentiel Qualiopi (10 fois en moins de 5 ans !), il est urgent de l’alléger pour laisser respirer les organismes de formation en grande difficultés économiques et en contre partie il faut réfléchir à une obligation de formation ou de certification ou d’habilitation… peu importe, pour tous les formateurs (c’est-à-dire aussi bien ceux qui exercent en organisme de formation, qu’en entreprises comme formateurs permanents ou occasionnels). L’effet sera certainement bien plus efficace. Seriez-vous toujours rassuré si vous saviez, quand vous prenez l’avion, que votre compagnie aérienne respecte bien la réglementation internationale de l’aviation marchande, mais que ses personnels navigants techniques et commerciaux n’ont pas suivi de contrôle de qualification ? C’est malheureusement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de la formation avec Qualiopi, comme seul moyen de contrôle et de régulation.





