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Budget 2027 · CPF
Depuis mai 2024, chaque titulaire du CPF paie une participation obligatoire pour se former : 100 € au départ, 150 € depuis 2026. Deux ans plus tard, les chiffres sont là. 177 M€ d’économies par an. 15,8 % de bénéficiaires en moins. Et un CPF qui a changé de public. Bilan d’une mesure plus subtile qu’il n’y paraît.
150 €
de participation par formation depuis 2026
177 M€
d’économies par an pour les finances publiques
-15,8 %
de bénéficiaires l’année suivant sa mise en place
-26 %
de recours au CPF chez les salariés
À retenir
- Côté budget, la mesure a fonctionné : 177 M€ économisés par an.
- Côté public, elle a éloigné une partie des salariés, y compris les moins qualifiés.
- Le Sénat propose à terme un reste à charge unique, proportionnel au coût de la formation.
De 2020 à 2026 : la longue gestation d’une mesure
Avril 2020
L’idée naît dans un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Igas.
Loi de finances pour 2023
Le principe est voté (article 212). Puis rien pendant plus d’un an, faute de décret.
Février 2024
Dérapage des comptes publics et décret d’annulation de crédits.
29 avril 2024
Le décret paraît enfin.
Source : rapport d’information du Sénat n° 887, Emmanuel Capus, juillet 2026.
| Date | Montant de la participation |
|---|---|
| 2 mai 2024 | 100 € par formation |
| 2025 | Revalorisée chaque année sur l’inflation hors tabac |
| 2026 | 150 € par formation (décret du 30 mars 2026) |
Sources : Jaunes budgétaires 2026 et 2027.
L’objectif affiché : responsabiliser. Faire payer une petite somme pour décourager les achats impulsifs, les effets d’aubaine et une partie des fraudes.
📌 Trois publics exemptés
- les demandeurs d’emploi ;
- les titulaires dont la formation est cofinancée par l’employeur, l’OPCO ou un autre financeur. Aucun montant minimum n’est exigé, sauf pour le permis de conduire (100 €) ;
- les bénéficiaires d’un abondement de la branche accidents du travail ou de leur compte de prévention.
177 millions par an : le pari budgétaire est gagné
Pour les finances publiques, la mesure a fonctionné. Le gain est estimé à 191 M€ la première année, puis 177 M€ par an. Le ticket n’est qu’une partie du serrage : avec les plafonds et les restrictions d’éligibilité, le total approche le milliard d’euros.
Source : rapport d’information du Sénat n° 887, Emmanuel Capus, juillet 2026, d’après les réponses de l’administration.
Côté titulaires, la part qu’ils paient eux-mêmes a plus que doublé :
3 %
du coût des formations en 2023
En 2025, les titulaires ont apporté 156 M€, davantage que tous les cofinanceurs réunis.
Le revers : trois effets que personne ne voulait
1
Des renoncements
Selon la direction du budget, le nombre de bénéficiaires du CPF a baissé de 15,8 % l’année qui a suivi l’instauration du ticket. Les Acteurs de la compétence parlent d’ »une baisse flagrante et durable du nombre de dossiers validés ». Le niveau antérieur n’a jamais été retrouvé.
2
Un effet d’éviction
Le recours au CPF des salariés a baissé de 26 %. Celui des demandeurs d’emploi, exemptés, a augmenté de 7 %. Depuis 2024, 1,39 million de dossiers ont été exonérés du ticket, soit 57 % du total, en majorité des demandeurs d’emploi. C’est l’une des raisons pour lesquelles les demandeurs d’emploi représentent désormais 42 % des bénéficiaires du CPF.
3
Les moins qualifiés reculent aussi
C’est l’effet le plus gênant. Parmi les bénéficiaires, la part des personnes de niveau bac ou inférieur est passée de 62 % en 2023 à 58 % en 2025. Celle des non-cadres, de 83 % à 79 %. Le lien de causalité n’est pas établi. Mais le sénateur Capus y voit un possible « effet indésirable » qui pourrait écorner « l’ambition de démocratisation » du CPF.
💡 Le levier oublié : le cofinancement
L’exonération pour cofinancement devait encourager les employeurs à abonder. Ça n’a pas marché. Sur les 1,39 million de dossiers exonérés, seuls 45 759 l’ont été grâce à une dotation employeur, et 8 658 grâce à un abondement d’OPCO en 2025. Pour un salarié, le moyen le plus simple d’éviter le ticket reste de… ne pas se former.
Consolidation, saucissonnage : les organismes s’adaptent déjà
La direction du budget a alerté le Sénat sur deux stratégies de contournement qui se contredisent.
📦
La consolidation
Le ticket est forfaitaire : 150 € quel que soit le prix. Un organisme a donc intérêt à regrouper plusieurs formations courtes en une seule, plus longue et plus chère. Le titulaire paie le ticket une fois au lieu de plusieurs.
✂️
Le saucissonnage
À l’inverse, les plafonds de 2026 poussent à découper une formation coûteuse en plusieurs modules pour passer sous le seuil.
Le plafond uniforme du Répertoire spécifique pose un autre problème : il a été calé sur le coût moyen. Les formations longues et chères, souvent les plus qualifiantes, sont pénalisées. Le rapport cite deux exemples.
Coût moyen de la formation face au plafond RS de 1 500 €
📉 -78 % en un mois
Signe que les comportements s’adaptent vite : la DGEFP a constaté une chute de 78 % du nombre mensuel de dossiers entre février et mars 2026, de 78 128 à 16 769, au moment de l’entrée en vigueur des plafonds. Une partie des inscriptions avait été anticipée avant la date fatidique.
Le Sénat veut un reste à charge proportionnel
Ne pas toucher aux mesures pour l’instant
Vu leur impact budgétaire.
Remplacer à terme le ticket et les plafonds par un reste à charge unique proportionnel au coût
Avec exemption pour les demandeurs d’emploi et les dossiers cofinancés.
Lever le ticket au-delà d’un abondement minimal
Par exemple 100 €, pour faire enfin décoller les cofinancements.
Corriger deux angles morts
Permettre aux FAF de prendre en charge le ticket des indépendants, comme les OPCO pour les salariés, et étendre l’exonération aux travailleurs en Esat.
Source : rapport d’information du Sénat n° 887, Emmanuel Capus, 9 juillet 2026.
Notre avis : une taxe sur la volonté de se former
Le ticket modérateur a fait ce qu’on attendait de lui : moins d’achats d’impulsion, des économies réelles. Mais il a aussi éloigné du CPF une partie des salariés modestes, ceux que la réforme de 2018 voulait justement attirer. Et l’exonération pour cofinancement, censée créer un réflexe chez les employeurs, n’a presque rien produit.
Le ticket ne deviendra un bon outil que s’il est couplé à une vraie incitation pour l’employeur. Sans elle, il reste une taxe sur la volonté de se former.
Vous avez renoncé à cause des 150 € ? Dites-le nous
SalariésAvez-vous renoncé à une formation à cause des 100 € ou des 150 € ?
OrganismesAvez-vous vu votre clientèle changer depuis mai 2024 ?
Dites-nous ce que vous avez observé.
En résumé
Deux ans après son entrée en vigueur, le ticket modérateur a tenu sa promesse budgétaire : 177 M€ économisés chaque année. Mais il a fait reculer les salariés, y compris les moins qualifiés, et accéléré le basculement du CPF vers les demandeurs d’emploi. Le Sénat veut le transformer. Le débat ne fait que commencer.
Cet article fait partie de notre série consacrée au Jaune budgétaire 2027. CPFormation, média édité par Lingueo, décrypte le financement de la formation pour les DRH, les responsables formation et les actifs.
Questions fréquentes
Combien coûte le ticket modérateur CPF en 2026 ?
150 € par formation depuis le décret du 30 mars 2026. Il était de 100 € lors de son entrée en vigueur, le 2 mai 2024.
Pourquoi le ticket modérateur a-t-il été créé ?
Pour responsabiliser les titulaires : faire payer une petite somme afin de décourager les achats impulsifs, les effets d’aubaine et une partie des fraudes.
Combien le ticket modérateur fait-il économiser ?
Le gain est estimé à 191 M€ la première année, puis 177 M€ par an. Avec les plafonds et les restrictions d’éligibilité, le total des économies sur le CPF approche le milliard d’euros.
Sources : annexes « Formation professionnelle » (Jaunes budgétaires) aux projets de loi de finances 2026 et 2027 ; rapport d’information du Sénat n° 887 sur la régulation du compte personnel de formation, Emmanuel Capus, 9 juillet 2026.
