Quelle proportion de sous-traitance dans une formation Ă  distance ?

Quelle proportion de sous-traitance dans une formation Ă  distance ?

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Auteur : Laurent Riquelme

Depuis le 1er avril 2024, les organismes de formation (OF) qui exĂ©cutent des formations financĂ©es dans le cadre du CPF doivent limiter le recours Ă  la sous-traitance de façon Ă  respecter le plafond rĂ©glementaire de 80 % de leur chiffre d’affaires rĂ©alisĂ© sur MON COMPTE FORMATION.

Dans les formations Ă  distance rĂ©gies par l’article D. 6313-3-1 du code du travail, comment apprĂ©cier la proportion de sous-traitance ?

Comment apprécier la proportion de sous-traitance ?

Cette question nous a Ă©tĂ© posĂ©e Ă  de nombreuses reprises au cours de ces derniĂšres semaines par des organismes de formation organisant des formations Ă  distance dites « multimodales », c’est-Ă -dire composĂ©es successivement ou alternativement d’activitĂ©s pĂ©dagogiques rĂ©alisĂ©es en format dit « asynchrone » (sur une plateforme de formation en ligne) et d’activitĂ©s pĂ©dagogiques rĂ©alisĂ©es en format dit « synchrone » (notamment en visioconfĂ©rence ou en « classe virtuelle » sous forme de face Ă  face pĂ©dagogique individuel et/ou collectif).

L’apprĂ©ciation du volume de sous-traitance est assez aisĂ© lorsqu’il s’agit d’activitĂ©s pĂ©dagogiques rĂ©alisĂ©es en format dit « synchrone », dans la mesure oĂč, dans la plupart des cas, le temps passĂ© par le stagiaire en formation (nombre d’heures/stagiaires) est concordant par rapport au temps passĂ© par le formateur sous-traitant pour rĂ©aliser sa prestation de formation (nombre d’heures/formateur).

En revanche, l’apprĂ©ciation du volume de sous-traitance peut ĂȘtre plus complexe lorsqu’il s’agit d’activitĂ©s pĂ©dagogiques rĂ©alisĂ©es en format dit « asynchrone », car cette modalitĂ© ne repose pas sur un temps de face Ă  face pĂ©dagogique entre un formateur et un ou plusieurs stagiaires.

 

Dans ce cas de figure du format dit « asynchrone », il existe, à notre connaissance, deux principaux cas de figure possibles :

  • 1er cas : cette modalitĂ© « asynchrone » ne donne pas lieu Ă  de la sous-traitance lorsque l’OF ne recourt Ă  aucun prestataire sous-traitant durant l’exĂ©cution par le stagiaire de son parcours de formation sur la plateforme de formation Ă  distance, dans la mesure oĂč l’assistance technique et pĂ©dagogique et/ou les Ă©valuations peuvent ĂȘtre assurĂ©es par l’OF avec ses propres moyens (personnel salariĂ© par exemple),

  • 2Ăšme cas : cette modalitĂ© « asynchrone » donne lieu Ă  de la sous-traitance lorsque l’OF recourt Ă  un ou plusieurs prestataire(s) sous-traitant(s) pour rĂ©aliser l’assistance technique et pĂ©dagogique et/ou les Ă©valuations durant l’exĂ©cution par le stagiaire de son parcours de formation sur la plateforme de formation Ă  distance, ce qui donne lieu, selon notre analyse, Ă  une apprĂ©ciation du volume de sous-traitance en fonction du nombre d’heures/stagiaires rĂ©alisĂ©es selon cette modalitĂ©.

LĂ  oĂč le bĂąt blesse, c’est un 3Ăšme cas de figure : lorsque la modalitĂ© « asynchrone » n’est pas assortie d’une vĂ©ritable assistance technique et pĂ©dagogique au sens de l’article D. 6313-3-1 du code du travail, lorsqu’il s’agit d’une assistance technique et pĂ©dagogique passive (n’intervenant que sur sollicitation du stagiaire), et donc parfois considĂ©rĂ©e comme Ă©tant quasi-inexistante ou trĂšs faible, qui n’est pas « appropriĂ©e pour accompagner le bĂ©nĂ©ficiaire dans le dĂ©roulement de son parcours », qui ne gĂ©nĂšre pas d’interactions entre le stagiaire et un ou plusieurs formateur(s) durant l’exĂ©cution du parcours
 

Dans ce 3Ăšme cas de figure, l’apprĂ©ciation de la part de sous-traitance sera toujours infĂ©rieure Ă  80 % car l’OF, rĂ©putĂ© vertueux, aura estimĂ© ne pas avoir besoin d’un ou plusieurs opĂ©rateur(s) ou formateur(s) pour assurer cette assistance technique et pĂ©dagogique.

Finalement, parmi les organismes qui n’ont pas dĂ©passĂ© le plafond maximal de 80 % en matiĂšre de sous-traitance, il y a nĂ©cessairement des OF qui sont susceptibles d’ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme insuffisants du point de vue de l’assistance pĂ©dagogique mise en Ɠuvre, et ce, du fait du caractĂšre potentiellement inappropriĂ© de celle-ci lorsqu’elle ne rĂ©pond pas au critĂšre de l’article D. 6313-3-1 du code du travail (Ă  savoir « accompagner le stagiaire dans le dĂ©roulement de son parcours », avec des justificatifs des interactions stagiaire/formateur Ă  produire en cas de contrĂŽle ultĂ©rieur).

C’est ici l’occasion de rappeler que les contrĂŽles administratifs et financiers menĂ©s par les services rĂ©gionaux de contrĂŽles (DREETS ou DEETS) ou le dĂ©partement de contrĂŽle de la formation professionnelle en Île de France (DRIEETS) conduisent, le plus souvent, l’organisme de formation contrĂŽlĂ© Ă  devoir justifier des interactions stagiaire/formateurs durant les formations dites « asynchrones », ainsi que des titres et qualitĂ©s des personnes qui assurent l’assistance pĂ©dagogique, lesquelles doivent disposer des compĂ©tences requises pour assurer cette assistance pĂ©dagogique, au point mĂȘme que, dans de nombreux cas, les services de contrĂŽle considĂšrent que les personnes qui assurent cette assistance pĂ©dagogique doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des formateurs Ă  part entiĂšre, d’oĂč le contrĂŽle de leurs titres et qualitĂ©s (c’est-Ă -dire pas seulement le curriculum vitae, mais le justificatif des diplĂŽmes, des titres et rĂ©fĂ©rences qui justifient des compĂ©tences requises pour exercer une fonction pĂ©dagogique dans la formation dispensĂ©e Ă  l’égard du stagiaire). Lorsqu’il apparaĂźt que l’organisme contrĂŽlĂ© n’apporte pas ces justificatifs, les actions de formation Ă  distance peuvent ĂȘtre rĂ©putĂ©es inexĂ©cutĂ©es (en application de l’article L. 6362-6 du code du travail) et donner lieu Ă  un remboursement au cocontractant (en application du 1er alinĂ©a de l’article L. 6362-7-1 du code du travail) ou, Ă  dĂ©faut, Ă  un versement d’un montant Ă©quivalent au TrĂ©sor Public (en application du deuxiĂšme alinĂ©a de l’article L. 6362-7-1 susvisĂ©).

En dĂ©finitive, l’apprĂ©ciation de la part de sous-traitance dans une action de formation Ă  distance peut ĂȘtre l’occasion de rebattre les cartes,

et de distinguer Ă  nouveau le simple « e.learning » donnant accĂšs Ă  une assistance sous forme de « hotline », parfois disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 (ce qui est potentiellement jugĂ© insuffisant pour relever du champ de la formation professionnelle), d’une « action de formation » (au sens du 1° de l’article L. 6313-1 du code du travail rĂ©gissant la formation professionnelle) assortie d’une « assistance technique et pĂ©dagogique appropriĂ©e pour accompagner le stagiaire dans le dĂ©roulement de son parcours » (article D. 6313-3-1 du code du travail) avec des preuves d’interactions formateur/stagiaires durant l’exĂ©cution de la formation Ă  distance en format « asynchrone ».

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