Prendre conscience des biais cognitifs avant de développer des formations – L’éveilleur

Prendre conscience des biais cognitifs avant de développer des formations – L'éveilleur

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Byanka Archambault, conseillère pédagogique au Centre Laurent-Beaudoin, propose sur Medium un article intitulé On ne sait pas ce qu’on ne sait pas : comment nos biais cognitifs façonnent l’analyse de besoins de formation. Je propose ici de reprendre les grandes lignes de sa réflexion.

À titre de conseillère pédagogique, Byanka débute avant toute chose par une analyse des besoins lorsqu’elle rencontre une enseignante ou un enseignant. Pour ce faire, elle s’appuie sur le livre Map It de Cathy Moore (2017). Le principe est simple : identifier d’abord la source du problème :

Quel est le véritable problème de performance ? Quels comportements observables doivent changer ? Quels obstacles — environnementaux, motivationnels ou de compétences — empêchent ces comportements ?  Cette démarche lui permet parfois d’éliminer la première solution pour laquelle on vient la consulter: la formation !

[Dans une formation offerte en 2024 par i-mersion CP, une conseillère et un conseiller pédagogique du CHUM avaient d’ailleurs développé un logigramme d’analyse permettant d’évaluer si la formation est vraiment la meilleure solution à un problème donné].

Pour en revenir à Byanka, elle explique que, néanmoins, « cette méthodologie [Map It de Cathy Moore] repose sur la capacité des parties prenantes à identifier correctement le problème, les comportements souhaités et les obstacles réels ».  Or, Byanka rappelle qu’« on ne sait pas ce qu’on ne sait pas »

Dans le cadre de son emploi, elle tente d’identifier les angles morts, qui incluent divers biais cognitifs. Pour ce faire, elle s’interroge sur les compétences implicites (celles que possèdent « naturellement » certains gestionnaires), les dysfonctionnements normalisés, les obstacles systémiques (« c’est la faute de l’Autre ! »), etc. Elle met en garde contre l’effet Dunning-Kruger, c’est-à-dire le biais où les personnes les moins compétentes surestiment leurs propres capacités et vice-versa.  Une des conséquences de cet effet en est que « [l]es parties prenantes qui proposent rapidement « une formation » comme solution peuvent ne pas reconnaître la complexité du problème. »

Pour contrer cet effet dans son travail, Byanka oppose la triangulation des sources dans l’analyse des besoins (ce que disent les parties prenantes ET ce que montrent les données et l’observation), mais également l’humilité épistémique.  Elle conclut son article ainsi:

« En tant que responsable de la conception [de] formations, notre valeur ajoutée ne réside pas seulement dans l’application d’une méthodologie, mais dans notre capacité à voir ce que les autres ne voient pas, à questionner ce qui est tenu pour acquis, à rendre explicite l’implicite — et à rester humbles face à ce que nous-mêmes ne voyons pas encore. »

Pour ma part, j’utilise très souvent l’action mapping de Cathy Moore dans la démarche SoTL. Avec le temps, c’est devenu un outil précieux dans mon coffre à outils pédagogiques.

Références

Moore, C. (2017). Map it: The hands‑on guide to strategic training design. Montesa Press.

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